Alors que l’accord entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le régime intérimaire de Jolani suscite de nombreuses réactions, le journaliste kurde Scharo Maroof met en garde contre les conclusions hâtives. Selon lui, cet accord est avant tout un mémorandum, une déclaration d’intention dont l’application reste incertaine. Il souligne également la position affaiblie de Jolani après les massacres perpétrés sur la côte syrienne, ce qui aurait conduit le chef de Hayat Tahrir al-Cham (HTS) à faire d’importantes concessions pour éviter un isolement international. Voici la traduction de son analyse :
« De manière plus générale : Jolani, alias Ahmad Al-Sharaa, est monté sur le trône de Syrie depuis seulement trois mois. Trois mois après, il a déjà orchestré un nettoyage ethnique d’une minorité (les Alaouites) et voit son pouvoir contesté par l’Iran, tandis qu’Israël renforce encore sa position dans le sud de la Syrie. »
« Tant de choses peuvent se passer en quelques jours, et une année compte 365 jours. Attendons de voir ce qu’il adviendra et comment les choses seront mises en œuvre, si elles le sont réellement. Les négociations peuvent s’effondrer à tout moment. »
Maroof attire l’attention sur le timing de l’annonce, qui intervient juste un jour après les massacres perpétrés sur la côte syrienne par les forces gouvernementales de Jolani.
« Pensez à pourquoi cela est arrivé aujourd’hui, seulement un jour après les événements horribles sur la côte syrienne commis par les forces gouvernementales. Jolani a probablement fait d’importantes concessions aux FDS dans ces négociations et sur les termes de l’accord futur. »
Selon lui, la situation de Jolani est désormais extrêmement précaire :
« Sa position en Syrie s’est considérablement affaiblie. Les Druzes du sud du pays le rejettent catégoriquement, par crainte qu’il ne les cible à leur tour dans une campagne de nettoyage ethnique. La communauté internationale exerce également une pression majeure sur lui à cause de ses actions sur la côte syrienne. »
« Jolani a désormais besoin des FDS pour restaurer son image. Il devait agir rapidement avant que la communauté internationale ne commence à soutenir davantage les FDS et à l’isoler complètement. C’est pourquoi je crois que Jolani a dû faire des concessions et que les FDS ont utilisé cela à leur avantage. »
Concernant la mise en œuvre de l’accord, Maroof insiste sur le fait que rien ne se fera immédiatement :
« Rien dans cette déclaration ne suggère que l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES) cessera d’exister la semaine prochaine ou dans un futur proche. La mise en œuvre sera très progressive – après que tous les détails auront été convenus. »
Il détaille le calendrier prévu, qui débute avec le retour des Kurdes déplacés d’Afrin :
« La première étape sera le retour des déplacés kurdes à Afrin, que les FDS surveilleront attentivement. Ensuite, l’intégration très progressive des quartiers kurdes d’Alep dans l’administration du gouvernement syrien, un processus que les FDS surveilleront également de près. Ce n’est qu’après ces étapes que toute intégration de l’AANES pourra être envisagée. »
Maroof répond aussi aux rumeurs sur un possible désarmement des forces kurdes :
« Pourquoi les gens supposent-ils que les FDS ou le YPG seront désarmés ? Où avez-vous lu cela dans la déclaration ? » « Les villes et quartiers kurdes seront bien évidemment protégés par des forces kurdes. Prenez n’importe quelle ville arabe : sa police locale et son armée sont recrutées parmi ses habitants. Il en sera de même pour les villes et quartiers kurdes, y compris pour les officiers et les commandants. »
