La fièvre du pognon : E. Armand démonte l’esclavage volontaire au dieu-argent

Dans ce texte paru en 1946 dans L’Unique, le libertaire E. Armand frappe là où ça fait mal : la course au fric, devenue sport national, religion de masse et poison universel. Derrière l’ironie mordante, se dessine une critique radicale de l’aliénation moderne, où l’argent ne libère rien, mais enferme tout.

Qu’on le thésaurise ou qu’on le claque, le fric rend esclave, dit Armand. Esclave de ses besoins créés de toutes pièces, esclave des apparences, des ambitions sociales, des compromis de conscience. Il décrit cette soumission comme un glissement insidieux : on commence à vouloir vivre décemment, on finit en pantin aux mains du veau d’or.

Mais il ne s’arrête pas là. Armand s’attaque aussi à celles et ceux qui, au nom de grandes idées, finissent dans le camp des « pognonistes », quittant les luttes pour des costumes sur mesure, évitant les camarades pauvres qu’ils ne veulent plus voir. Une trahison feutrée, hypocrite, maquillée de « discrétion » et de « bon goût », mais qui n’en reste pas moins un renoncement politique total.

Face à ça, l’individualiste libertaire assume sa sobriété, son refus du luxe et du clinquant, sa volonté de ne pas participer à cette mascarade. Une posture toujours subversive, à l’heure où la société continue d’évaluer la valeur d’une vie au montant de son compte en banque.

Un texte à lire, à relire, et surtout à méditer. Parce que le capitalisme commence aussi dans les replis de nos désirs.

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