Voilà encore un chapitre de l’interminable histoire des luttes contre la vie chère en Martinique et en Guadeloupe. Ces manifestations, qui ont éclaté le 1er septembre, ne sont que la dernière réponse à un système économique sclérosé, hérité directement de l’époque coloniale. Parce que oui, même après des décennies, la France continue de traiter ses anciennes colonies comme des colonies, en maintenant un contrôle étouffant sur leur économie, et les Antillais·es paient le prix fort.
La Martinique est étouffée sous le poids d’une économie complètement dépendante des importations : plus de 90 % des produits de consommation sont importés. C’est un hold-up colonial moderne, où les monopoles de la grande distribution, hérités des vieilles familles békés, continuent de s’enrichir sur le dos de la population. Pendant que les Martiniquais·es doivent aligner 40 % de plus pour remplir leur panier de courses par rapport à la France hexagonale, ces profiteurs se gavent, invoquant le sempiternel argument de l’insularité pour justifier des prix prohibitifs.
» Profitation » et exploitation : un héritage colonial bien vivant.
Les militant·es du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC) ont raison de parler de » profitation « . La situation est simple : la majorité des produits vendus en Martinique et en Guadeloupe sont importés et les marges appliquées sont scandaleuses. Que ce soit sur l’alimentation ou les produits de première nécessité, les prix explosent. Un couple avec un enfant qui doit débourser 250 euros tous les dix jours pour les courses, c’est du vol à main armée. Et qui s’enrichit ? Les mêmes grandes familles de propriétaires terriens et d’importateurs, qui n’ont jamais vraiment cessé de régner depuis l’époque de l’esclavage.
Les Antilles sont tenues en otage par un système d’importation digne de l’époque coloniale. Les milieux d’affaires, largement dominés par les descendants des anciens colons, dictent leur loi sur le prix des denrées. Alors que les supermarchés se remplissent de produits de France à des prix exorbitants, les initiatives locales, comme l’agriculture ou l’artisanat, sont systématiquement étouffées par ce monopole étouffant.
Des monopoles aux résidus coloniaux, tout est verrouillé Et quand on parle de résidus coloniaux, ce n’est pas une métaphore. Les vieilles familles békées, qui ont prospéré sur le dos des esclaves, continuent de contrôler la majeure partie de l’économie locale. Elles ont verrouillé le marché, et ce n’est pas une loi bidon de 2013 qui va les empêcher de continuer à s’enrichir. On a soi-disant interdit les monopoles d’importation et créé des observatoires des prix, mais tout ça, c’est du vent. L’État français se contente de mesures cosmétiques, pendant que la majorité de la population antillaise continue de crever de faim.
Victor Lurel, sénateur de la Guadeloupe, l’a bien dit : » On est dans des systèmes d’intermédiation qui relèvent de résidus coloniaux. » En clair, les Antilles sont prises au piège dans une économie héritée de l’esclavage, où une poignée de familles et d’entreprises se partagent le gâteau pendant que les travailleurs antillais·es sont exploité·es sans vergogne.
Des outils inutiles pour maintenir le statu quo Les observatoires des prix, ces OPMR (Observatoires des Prix, des Marges et des Revenus), censés surveiller les marges, ne sont qu’un gadget pour donner l’illusion qu’on s’occupe du problème. Avec un budget ridicule de 50 000 euros pour les Antilles-Guyane, ils n’ont ni les moyens ni la volonté de bousculer l’ordre établi. Leur président, Patrick Plantard, le reconnaît lui-même : » Notre action est limitée « . Limité, c’est le moins qu’on puisse dire. Ces observatoires sont incapables de percer le secret des affaires, cette arme des puissants pour dissimuler leurs profits indécents. On a donc un simulacre de transparence, mais aucun moyen de vraiment s’attaquer à ces sur-marges scandaleuses.
Et que dire de l’octroi de mer ? Cette taxe coloniale, datant du XVIIe siècle, continue d’alourdir le coût de la vie. Initialement destinée à protéger la production locale, elle est devenue un outil pour étouffer l’économie antillaise. Les élus locaux, qui dépendent de cet impôt pour financer leurs mairies, n’ont aucune envie de le remettre en question. Résultat : les produits importés coûtent une fortune, et la production locale n’arrive toujours pas à décoller.
Des mesures » choc » ou la blague de l’année Face à cette situation explosive, les autorités locales se contentent de bricoler. Annoncer une baisse de 20 % sur 54 familles de produits, c’est quoi ? Une rustine ridicule sur un pneu crevé ! Les membres du RPPRAC ne sont pas dupes, et ils ont refusé de participer à ces tables rondes inutiles. Leur exigence de filmer les débats a été balayée d’un revers de main, comme si la transparence était un luxe qu’on ne peut pas se permettre.
Les autorités parlent de revoir les frais d’approche, de réduire la TVA ou de péréquer les prix, mais tout cela reste des mots. Pendant ce temps, le système colonial continue de broyer la population. La seule vraie solution, c’est l’autonomie alimentaire et économique. Mais avec un système verrouillé par les héritiers des anciens colons et l’appétit vorace des multinationales, la route vers l’indépendance est longue et semée d’embûches.
L’autonomie alimentaire, un rêve étouffé par le néocolonialisme La capacité des Antilles à subvenir à leurs propres besoins alimentaires s’est effondrée. Les terres agricoles sont accaparées par la canne à sucre et la banane, deux cultures destinées à l’exportation, pendant que la population locale doit se battre pour trouver des produits frais à des prix abordables. Les fonds européens, comme le Poséi, sont détournés pour financer ces cultures d’exportation, au lieu de soutenir la diversification agricole. Mais qui en parle ? Certainement pas ceux qui profitent de ce système, bien contents de maintenir les Antilles dans une dépendance totale.
Une économie de pillage déguisée en coopération Le véritable problème, c’est que la France refuse de lâcher le contrôle économique de ses anciennes colonies. On parle de » continuité territoriale « , mais c’est du vent. Les politiques menées par Paris ne font que renforcer l’exploitation des Antilles, tout en prétendant leur venir en aide. L’octroi de mer, les monopoles, les taxes absurdes, tout est fait pour maintenir une économie de pillage déguisée en coopération.
Le discours officiel prétend vouloir aligner les prix avec l’Hexagone, mais en réalité, tout est fait pour que les Martiniquais·es et les Guadeloupéen·nes continuent de payer le prix fort. Et pendant ce temps, les multinationales et les vieilles familles s’en mettent plein les poches. Ce n’est pas une crise conjoncturelle, c’est un système néocolonial, un véritable vol organisé. Tant que cet ordre économique colonial restera en place, les Antilles seront condamnées à revivre ce cycle de crises, encore et encore.
