Alors que la France célébrait la capitulation de l’Allemagne nazie, des milliers d’Algérien·nes descendaient dans les rues de Sétif pour réclamer l’égalité, la liberté et la fin de la domination coloniale. Brandissant des drapeaux algériens et scandant des slogans anticolonialistes, les manifestant·es seront accueillis par les balles. Un jeune porteur de drapeau est tué par la police, déclenchant une révolte dans toute la région du Constantinois.
La réponse de l’État colonial est brutale, méthodique, sanglante. Deux mois durant, la répression menée par l’armée, les milices européennes et l’aviation française fera entre 15 000 et 45 000 morts selon les estimations. Exécutions sommaires, bombardements, rafles et tortures s’abattent sur les quartiers populaires, les villages et les familles des indépendantistes. Une guerre contre des civils, longtemps niée, aujourd’hui encore minimisée.
Ce massacre est un point de bascule : des milliers d’ancien·nes combattant·es algérien·nes, tout juste rentré·es d’Europe après avoir libéré la France du nazisme, comprennent qu’il n’y aura ni reconnaissance, ni liberté. La lutte armée devient inévitable.
Quatre-vingts ans plus tard, l’État français refuse toujours de parler de crime d’État. Une poignée d’intellectuel·les, d’élus, d’historien·nes brisent l’omerta, mais le pouvoir se tait. En Algérie, le 8 mai est désormais « Journée nationale de la mémoire ». En France, c’est encore une tache que la République refuse de nommer.
