L’aube glace la Butte Montmartre, mais le feu couve sous la pierre. L’armée de Thiers grimpe en silence, sabres au clair, pour arracher les canons du peuple, ces sentinelles d’acier dressées contre l’oppression. Le pouvoir veut désarmer d’un Paris affamé avant que la braise ne devienne incendie.
Mais les chevaux tardent, la ville s’éveille, et le murmure grandit dans les ruelles. Les cloches sonnent, les pavés résonnent. Femmes, enfants, vieux soldats de 48 et jeunes ouvriers accourent, les poings serrés et les cœurs brûlants. Louise Michel est là, le verbe haut, le regard en flammes. Le général Lecomte ordonne de tirer, trois fois. Mais c’est le peuple qui commande ce matin-là. » Armes à terre ! » tonne le sergent Verdaguer. Les fusils s’inclinent, les soldats rejoignent la foule. L’armée refuse d’être le bourreau de ses frères.
Lecomte et Clément Thomas, vieil assassin de 1848, paient le prix du sang versé. La justice populaire est expéditive. Mais Thiers, le vieux renard, sent le vent tourner. Il quitte Paris au galop, fuyant la tempête dans un fiacre entouré de gendarmes et d’autre capitulard. Il laisse derrière lui une ville qui n’a plus besoin de maîtres.
À minuit, l’Hôtel-de-Ville est pris. La Garde nationale appelle à l’élection d’une nouvelle assemblée. Le 26 mars, Paris choisit ses propres représentants. Deux jours plus tard, la Commune est proclamée. Paris appartient au peuple. L’histoire bascule. L’espoir se lève, rouge et indomptable.
Vive la Commune!
