Le 8 mai 1898, Zo d’Axa, plume acérée et révolté notoire, a fait mieux qu’un pamphlet contre les urnes : il a présenté un âne aux élections. Un vrai, avec des sabots, des oreilles et un nom parfaitement choisi : » Nul « .
Dans un Paris en pleine fièvre électorale, le bonhomme a promené son canasson sur un chariot déguisé en bureau de vote ambulant, flanqué d’un verre d’eau, d’une sonnette et d’un chapeau. Un clin d’œil mordant à la mascarade démocratique qui prétend donner du pouvoir au peuple mais le laisse croupir sous les bottes des puissants.
La blague a fait marrer les passants, quelques jeunes ont suivi la procession, hilarité générale devant cet unique candidat sincère. Mais l’État ne rigole jamais longtemps avec ceux qui lui mettent le nez dans son hypocrisie. Zo d’Axa ? Envoyé en taule. L’âne ? Direction la fourrière. Voilà le vrai visage du suffrage universel : on t’offre un bulletin, mais si tu refuses de jouer le jeu, c’est la matraque et la prison qui votent à ta place.
Aujourd’hui encore, l’histoire de » Nul » résonne : pendant que la Macronie, le RN et toute la clique s’écharpent pour savoir qui t’écrasera demain, on attend toujours un candidat plus honnête que cet âne.
