Entends tu la douce musique de la souveraineté économique, la relocalisation, le retour à la grandeur industrielle. Du vent! Ce n’est pas la souveraineté des travailleurs qu’ils défendent, c’est celle des profits. Quand Trump impose 20 % à toutes les importations, ce n’est pas pour créer des emplois, c’est pour redessiner les rapports de force. Et les autres — Chine, Europe, Mexique — répondent pareil. Résultat : tout augmente, sauf nos salaires.
La bourse fait sa crise de nerf
Et là, surprise : même les grands capitalistes en prennent plein les dents. Les marchés plongent, les actions perdent des milliards, les géants de la finance paniquent. BlackRock, Apple, Goldman Sachs : tous voient leurs courbes virer au rouge et appellent à la rescousse. Ils sortent les lobbyistes, les coups de fil à Washington, les éditos alarmistes. Ils font mine de perdre pied. Mais faut pas s’y fier.
Ils perdent aujourd’hui, pour racheter demain
Car ce n’est qu’un jeu de poker truqué. Ils perdent, oui — temporairement. Comme en 2008, où les fortunes semblaient s’effondrer. Warren Buffett a perdu 25 milliards sur le papier, Bill Gates 18. Et pourtant, à peine deux ans plus tard, leurs portefeuilles débordaient de nouveau. En 2007, les 400 Américain·es les plus riches détenaient 1 500 milliards de dollars. En 2011, ils avaient déjà dépassé ce niveau. Et en 2020, leur pactole avait doublé : plus de 3 200 milliards.
Et comment ? Grâce à la crise elle-même. En 2008, pendant que des millions de personnes perdaient leur emploi, leur logement, leur dignité, l’État américain a injecté des milliards dans les banques en faillite. Les grandes entreprises ont profité des plans de relance pour racheter leurs propres actions, licencier à tout va et se recapitaliser sur le dos de la misère générale. General Motors, AIG, Citigroup… sauvés par l’argent public, gavés de subventions, ils ont écrasé les petits pour se refaire une santé. Et aujourd’hui, le scénario se répète.

Pendant que les riches capitalisent, les pauvres crèvent
Chaque crise est une purge. Pour eux, c’est une opportunité : racheter à bas prix, faire pression sur les gouvernements, justifier des plans de licenciements massifs. Pour nous, c’est la spirale : précarité, chômage, inflation. Les aides vont aux entreprises, les coups de matraque aux manifestant·es. Eux jouent aux échecs, nous, on finit sous la table.
Les conséquences concrètes se voient déjà : le panier de courses explose, le prix des loyers continue de grimper, les services publics se serrent la ceinture. Les salarié·es sont mis·es en compétition les un·es contre les autres, les retraites deviennent des miettes, les protections sociales s’effritent. Et pendant ce temps, les profits boursiers, eux, attendent patiemment le prochain rebond.
Le capitalisme s’effondre… mais sur nos têtes
On pourrait croire à un affaiblissement du système. On pourrait se dire : « Enfin, ils tombent. » Mais c’est une illusion. Le capitalisme se nourrit de ses propres crises. Il mue, se recompose, se durcit. À chaque fois qu’il tremble, il en sort plus fort. Et nous, plus pauvres. Le vrai problème, ce n’est pas qu’ils tombent. C’est qu’ils se relèvent toujours plus haut, pendant qu’on nous enfonce un peu plus.
La guerre commerciale est une guerre de classe déguisée
Qu’elle se joue à coups de tarifs douaniers ou de taux directeurs, c’est toujours la même chose : une lutte de pouvoir entre dominants. Les multinationales veulent garder la main. Les États veulent contrôler leurs marchés. Mais dans tous les cas, les perdants sont les mêmes. Les travailleurs et travailleuses du monde entier, celles et ceux qui n’ont pas de lobby, pas d’échappatoire, pas de stock-options.
Et maintenant, on fait quoi ?
On ne va pas attendre qu’ils s’effondrent. Ils ne tomberont pas seuls. Il faut construire nos propres circuits, nos solidarités, nos mondes. Une économie sans spéculation, sans domination, sans frontières. Une organisation horizontale, locale, égalitaire. Pas un rêve lointain, mais une urgence quotidienne.
On n’a pas besoin de leurs guerres. Ni commerciales, ni militaires. On n’a pas besoin de leurs crises pour imaginer un autre monde. Ce qu’il nous faut, c’est reprendre le contrôle sur nos vies, nos outils, nos terres. Et allumer, dans chaque coin de rue, chaque champ, chaque atelier, une lumière qui dit : ici, on ne joue plus à leur jeu. Ici, on vit autrement.
