Öcalan lâche une bombe : vers la fin de la lutte armée du PKK ?

C’est pas tous les jours qu’un leader révolutionnaire annonce un tournant pareil. Abdullah Öcalan, enfermé depuis 1999 sur l’île d’Imrali, vient de balancer un appel qui secoue tout le mouvement kurde : il invite le PKK à déposer les armes et à se dissoudre après 40 ans de lutte. Mais derrière l’annonce, c’est tout un jeu de pouvoir qui se trame….

La Turquie d’Erdogan est au pied du mur. Entre la crise économique qui s’aggrave, la guerre à Gaza qui chamboule la région et les tensions en Syrie et au Liban, le régime vacille. Pendant des décennies, la Turquie a joué la carte de l’hostilité envers le PKK et les forces kurdes, mais aujourd’hui, elle se trouve dans l’impossibilité de gérer tous ces fronts a la fois.

Le conflit armé contre le PKK lui coûte cher, en hommes et en fric. Et surtout, il devient politiquement ingérable. Alors, depuis septembre dernier, des ouvertures ont commencé. Officiellement, Erdogan parle d’une volonté de régler « la question kurde ». Officieusement, il cherche surtout à sortir de l’impasse pendant que la situation au Moyen-Orient dégénère.

L’appel d’Öcalan : coup de génie ou pari risqué ?

Le 27 février, Öcalan sort de son isolement pour livrer son message :

 » Il n’y a pas d’alternative à la démocratie dans la poursuite et la réalisation d’un système politique. Le consensus démocratique est la voie fondamentale. « 

En clair, il propose de mettre fin à la lutte armée et de transformer le combat kurde en un projet politique basé sur l’auto-organisation et la démocratie directe. Une ligne qui n’est pas nouvelle : depuis les années 2000, il a évolué du marxisme-léninisme classique vers une vision autogestionnaire, inspirée du confédéralisme démocratique de Bookchin adapté à la situation proche Oriental.

Mais tout le monde ne suit pas. Murat Karayılan, chef militaire du PKK, ne veut pas entendre parler de désarmement sans garanties concrètes :

 » Aujourd’hui, à Zap, nos camarades et les soldats de l’État turc s’affrontent à 200 mètres de distance. Comment puis-je dire aux camarades de déposer les armes ? « 

Et il a raison de se méfier. En 2015, un processus de paix similaire a été torpillé par Ankara, qui a utilisé le cessez-le-feu pour mieux écraser les forces kurdes. Pourquoi cette fois serait différente ?

Le PKK disparaît, mais la lutte continue

Si le PKK devait se dissoudre, ce serait loin d’être la fin du combat kurde. Depuis vingt ans, la lutte s’est décentralisée, passant du parti unique à une myriade d’organisations qui structurent un véritable mouvement révolutionnaire.

Le KCK (Union des Communautés du Kurdistan) incarne désormais l’alternative à l’État-nation, avec un projet politique basé sur l’autonomie locale, la libération des femmes et l’écologie sociale. Le PKK, en tant que structure militaire, pourrait disparaître, mais le mouvement continuerait sous une autre forme, comme l’a fait le Sinn Féin après l’IRA en Irlande.

Erdogan doit bouger… mais va-t-il le faire ?

Si la Turquie est sérieuse sur la paix, elle doit poser des actes concrets exigé par le PKN:

Un cessez-le-feu immédiat contre les forces kurdes.

La fin des bombardements en Syrie et en Irak.

La libération d’Öcalan ou au moins son transfert dans un centre de détention où il peut dialoguer librement.

L’arrêt de la répression contre les municipalités kurdes.

Mais Erdogan peut-il réellement lâcher du lest ? Rien n’est moins sûr. Il joue sur plusieurs tableaux : d’un côté, il laisse filtrer des discussions de paix, de l’autre, il continue les frappes sur les bases kurdes.

Si l’appel d’Öcalan marque un tournant, il ne garantit pas pour autant une paix durable. Ankara a toujours utilisé les trêves pour mieux écraser la résistance kurde. Le mouvement kurde a déjà trop payé pour croire sur parole un État qui n’a jamais tenu ses engagements.

Alors, dissolution du PKK ou pas, une chose est sûre : la lutte kurde ne s’arrêtera pas avec quelques signatures sur un bout de papier.

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