Dissoudre la contestation : l’État veut liquider les tribunes populaires

Les drapeaux s’élèvent, les chants résonnent, les fumigènes crachent leur colère. À Saint-Étienne, mais aussi à Nantes, Paris ou Strasbourg, les tribunes populaires sont sur la sellette. La menace plane : dissolution administrative.

Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau entend faire taire cinq groupes ultras, dont les légendaires Magic Fans et Green Angels de l’AS Saint-Étienne. Officiellement, on leur reproche des violences remontant à 2022. En réalité, c’est toute une culture populaire et contestataire que l’État veut museler.

Depuis plusieurs semaines, la résistance s’organise. À Saint-Étienne, les murs crient :  » Le Chaudron ne se dissout pas « . Une manifestation est annoncée pour le 29 mars. Au même moment, 163 associations de supporters de tout le pays soutiennent l’appel de l’Association nationale des supporters (ANS) contre cette offensive liberticide. L’ANS a même suspendu le dialogue avec les autorités, dénonçant une attaque directe contre les groupes qui  » garantissent la sécurité en tribunes  » et assurent une médiation indispensable dans les stades.

Ce que Retailleau cherche à dissoudre, ce n’est pas une poignée de bagarreurs. Ce sont des décennies de traditions ultras, un contre-pouvoir ancré dans le béton des stades. Les Magic Fans et les Green Angels ne sont pas que des gueulard des tribunes ou des faiseurs de tifos. Ce sont des collecteurs pour les Restos du Cœur, des organisateurs de soutiens pour des causes locales, des relais pour les revendications populaires. En somme, des acteurs sociaux à part entière.

Derrière le vernis sécuritaire, c’est bien la politique qui guide cette répression. Dans les kops, on scande contre les flics, on déploie des banderoles en solidarité avec la Palestine, les ZAD ou les grèves. On ose politiser le football, cet opium du peuple trop souvent aseptisé pour plaire aux sponsors. Les tribunes populaires sont un espace de réappropriation collective, un bastion de liberté dans un monde marchandisé.

Les groupes ultras, héritiers d’une culture née en Italie dans les années 70, ont toujours mêlé ferveur et insoumission. Le modèle ultra, c’est l’amour inconditionnel du club, certes, mais aussi l’auto-organisation, la solidarité, la contestation du football business. Dans un monde où les clubs appartiennent à des actionnaires et les stades deviennent des centres commerciaux, les ultras refusent de n’être que des consommateurs passifs. Ils veulent rester supporters actifs, debout, bruyants, incontrôlables.

Ce n’est pas un hasard si certains groupes ultras, comme les Green Angels ou la Brigade Loire à Nantes, ont participé à des mobilisations sociales plus larges : contre la réforme des retraites, contre les violences policières, pour la justice sociale. On se souvient encore des banderoles sur les Gilets Jaunes ou du soutien aux luttes locales. Le stade est un lieu d’éducation politique autant que d’expression identitaire. Et c’est précisément ce qui dérange.

En ciblant indistinctement des groupes très différents, l’État brouille volontairement les lignes. Il met dans le même sac des collectifs antifascistes, autonomes ou apolitiques, et des groupes d’extrême droite. Cette confusion n’est pas une erreur : c’est une stratégie pour délégitimer toute voix contestataire dans les tribunes. Pour Retailleau, tout ce qui sort du rang est une menace.

Mais cette attaque pourrait bien se retourner contre ses instigateurs. Car les ultras ne sont pas seuls. Les réseaux de solidarité se déploient bien au-delà des stades. Juristes, militants, collectifs antirépression se mobilisent pour dénoncer une dérive autoritaire. Et dans les gradins, la colère monte. On sait que sans les ultras, les stades français deviendront des théâtres vides, sans âme, sans chants, sans frissons.

Derrière la dissolution des groupes de supporters, c’est une vision du football qui s’affronte. Celle d’un spectacle lisse, rentable, soumis au contrôle et à la répression, contre celle d’un sport populaire, vivant, tumultueux, ancré dans les réalités sociales. Les ultras, sont les gardiens de cette mémoire collective, les derniers remparts contre la marchandisation totale du jeu.

Bruno Retailleau pense pouvoir faire taire les tribunes. Mais le football, le vrai, ne s’achète pas et la passion ne se dissout pas! Elle se crie, se chante, se vit. Dans la rue, sur les murs, dans les virages, les ultras le rappellent : Pour un football populaires, liberté pour les Ultras !

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