Les chiffres, eux, racontent une autre histoire. Aujourd’hui, la population immigrée en France représente 10,7 % des habitants, mais si on exclut ceux qui ont acquis la nationalité française, seuls 8,2 % restent officiellement étrangers. Derrière ce chiffre, on retrouve 3,5 % d’Européens, laissant donc à peine 6 % de non-Européens. Un véritable raz-de-marée, pas vrai ? Surtout quand on compare avec les États-Unis, où 15 % des habitants sont immigrés, ou encore la Suède qui atteint les 16 %. Même l’Allemagne fait plus, avec une population immigrée de 14 %.
Chaque année, environ 300 000 personnes obtiennent un premier titre de séjour en France. Parmi elles, un tiers sont des étudiants venus temporairement, un autre tiers rejoint des proches via le regroupement familial, et le reste se partage entre l’immigration de travail et l’accueil des réfugiés. Malgré cette dynamique, le solde migratoire, c’est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties du territoire, plafonne à 183 000 personnes en 2023. En d’autres termes, même si l’immigration a légèrement augmenté ces dix dernières années, passant de 8,5 % en 2010 à 10,7 % aujourd’hui, on est bien loin du cataclysme décrit par les médias et les politiciens en quête de boucs émissaires.
Un discours bien huilé pour masquer l’exploitation
Bayrou et ses potes savent que les conditions de vie se dégradent. Que les salaires stagnent, que les loyers flambent, que les services publics se font la malle. Mais au lieu de désigner les vrais responsables – ceux qui ponctionnent les richesses produites par les travailleurs –, ils pointent du doigt des boucs émissaires. Rien de neuf sous le soleil : hier, c’étaient les juifs, les rouges, les francs-maçons ; aujourd’hui, ce sont les migrants.
On nous dit que les étrangers “profitent du système”, mais c’est une vaste fumisterie. En réalité, 80 % des immigrés en âge de travailler occupent un emploi, et pas n’importe lesquels : ils sont massivement présents dans les secteurs les plus pénibles et mal payés. Dans le BTP, par exemple, ils représentent 30 % de la main-d’œuvre. Dans la restauration, c’est un quart des employés. Quant aux métiers d’aide à domicile, ils y sont présents à hauteur de 28 %. Leur contribution à l’économie est incontestable : ils cotisent, financent les retraites et la Sécu, tout en bénéficiant moins des aides sociales que les « citoyens » français.
On aime aussi nous agiter sous le nez le prétendu “coût” des sans-papiers. Pourtant, l’Aide Médicale d’État, censée être un gouffre financier, ne représente que 0,5 % du budget de la Sécu, soit environ 1 milliard d’euros sur un total de 236 milliards. Pendant ce temps, la fraude fiscale des plus riches coûte au pays plus de 100 milliards par an. Mais bizarrement, ce n’est pas là-dessus que le gouvernement veut qu’on focalise notre colère.
Même l’impact économique global de l’immigration va à l’encontre des discours catastrophistes. Une étude de l’OCDE révèle que les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent. En moyenne, un travailleur immigré verse plus de 10 000 euros de cotisations par an, alors que seuls 38 % des immigrés perçoivent des aides sociales, contre 46 % des natifs français. Autrement dit, ils financent le système bien plus qu’ils ne le pèsent sur lui.

Quant aux sans-papiers, leur nombre est estimé entre 600 000 et 700 000 personnes en France, un chiffre stable depuis plusieurs années. Chaque année, seulement 30 000 d’entre eux sont régularisés, un chiffre dérisoire comparé aux 900 000 régularisations effectuées en Espagne. On est bien loin du « laxisme migratoire » dont on nous rebat les oreilles.
L’ennemi, c’est pas l’immigré, c’est l’actionnaire
Le vrai fléau, c’est pas l’immigration. C’est la précarisation. Les boulots payés une misère. Les loyers qui bouffent la moitié du salaire. La suppression des services publics. La privatisation de tout ce qui bouge. Les multinationales qui s’en mettent plein les poches pendant que le peuple rame. Mais ça, le gouvernement ne veut pas qu’on en parle.
Alors, il joue la carte du nationalisme économique : on ferme les frontières, on protège les “vrais” Français, et tout ira mieux. Sauf que ça ne fonctionne jamais. Parce que les emplois ne disparaissent pas à cause des migrants, mais parce que les patrons délocalisent pour produire au moindre coût. Parce que l’État préfère arroser les grandes entreprises de subventions plutôt que d’augmenter les salaires et de bloquer les prix.
Les politiciens qui nous vendent la lutte contre l’immigration comme solution à tous les maux sont soit des menteurs, soit des incompétents (Ndlr: le ou n’est pas exclusif). Parce que même si demain, la France fermait totalement ses frontières, le problème resterait le même : ce sont les travailleurs qui paient la facture pendant que les gros bonnets se gavent.
Réorienter la colère vers le vrai enemi : Le capital
La vraie lutte, elle n’est pas entre Français et étrangers, mais entre ceux qui produisent la richesse et ceux qui la confisquent. C’est pas en chassant les migrants qu’on récupérera des hôpitaux, des écoles ou des salaires décents. C’est en mettant à bas le système qui enrichit une poignée de parasites sur le dos du plus grand nombre.
Plutôt que de se laisser embobiner par la peur et les discours haineux, il est temps de reprendre le vrai combat : celui contre l’exploitation, contre la précarisation, contre la destruction des droits sociaux. Parce que si on laisse faire, demain, ils trouveront un autre ennemi. Aujourd’hui, c’est l’immigré. Demain, ce sera le chômeur. Puis le smicard… Mais toujours le prolot!
Alors, au lieu de regarder vers le bas, levons la tête et voyons où se trouvent les vrais responsables. Pas dans les centres d’hébergement d’urgence, mais dans les conseils d’administration. Pas chez le travailleur clandestin, mais chez le milliardaire exonéré d’impôts. L’ennemi, ce n’est pas celui qui rame à côté de nous. C’est celui qui nous tient la tête sous l’eau!
Prolétaire de tous pays unissons nous!
