La peur de la dette : Une manœuvre politique pour démanteler l’état social

Dans un tour de passe-passe politique, l’alarmisme autour de la dette publique en France sert à justifier des politiques d’austérité sévères, tout en préservant les avantages du secteur privé.

La récente agitation autour de la dette publique française n’est autre qu’un acte tragique dans le théâtre de l’économie politique. À la manière d’un vaudeville, les autorités, découvrant avec horreur des dettes qu’elles ont elles-mêmes générées, s’enfoncent dans un tourbillon de panique, appelant à l’austérité et prétendant sauver le pays de la faillite.

Bruno Le Maire, Ministre de l’Économie, figure emblématique de cette mascarade, a relancé le vieux discours de l’urgence du désendettement, sous couvert de sauvetage économique. La réalité, pourtant, est tout autre. L’objectif semble être de détourner l’attention de largesses accordées au secteur privé pour se concentrer sur la réduction de la dépense sociale et publique.

Ce spectacle, où la Cour des comptes joue un rôle non négligeable de narrateur de l’apocalypse financière, orchestre habilement un récit de terreur autour de la dette. Pierre Moscovici, à la tête de la Cour, joue la partition de la peur, utilisant des comparaisons simplistes et des avertissements moraux pour justifier un futur d’austérité.

Pourtant, cette narration omet un détail crucial : la dette publique n’est pas seulement le résultat de dépenses sociales excessives, mais aussi et surtout de transferts massifs de fonds publics vers le secteur privé. Le récit dominant sur la dette sert donc à protéger ces transferts tout en imposant des restrictions aux plus vulnérables.

Les médias, jouant leur rôle dans ce vaudeville, amplifient le discours alarmiste sur la dette, préparant le terrain pour des politiques de coupes budgétaires et d’austérité. Ces mesures, qui s’attaquent avant tout aux services publics et à la protection sociale, ne sont rien d’autre qu’une stratégie de classe visant à préserver les intérêts du capital aux dépens des plus pauvres.

L’idée de réduire la dette en réduisant les dépenses publiques, notamment en période de croissance faible, est une absurdité économique qui ne fera qu’aggraver la crise et accroître les inégalités. Derrière la peur de la dette se cache une guerre sociale visant à redessiner les contours de l’État et à sacrifier l’État social sur l’autel de la rentabilité privée.

En fin de compte, la crainte instrumentalisée de la dette mène à un récit mortifère, une stratégie qui, loin de résoudre les problèmes économiques, ne fait qu’alimenter un cycle destructeur de récession et d’injustice sociale. C’est une manœuvre politique destinée à démanteler l’État social, tout en préservant les privilèges d’une classe économique dominante.

Cette tactique insidieuse, déployée par le gouvernement et amplifiée par une couverture médiatique complice, peint un tableau apocalyptique de la situation financière du pays, incitant à une panique collective. Dans ce scénario, les déficits publics deviennent les antagonistes principaux, tandis que les véritables moteurs de la dette – les cadeaux fiscaux au secteur privé, les exonérations de charges, et les subventions d’entreprise – sont habilement occultés. Le discours public, orienté vers une critique des dépenses sociales et de la gestion étatique, crée un climat d’acceptation sociale pour des mesures d’austérité drastiques qui frappent les plus démunis.

Le théâtre de la dette, avec ses acteurs gouvernementaux et institutionnels, détourne ainsi l’attention des vraies questions économiques. Le maintien de ce récit nécessite un dosage constant entre le soutien au capital privé et la capacité à assurer le service de la dette, souvent au détriment de l’État social. Cette dialectique perverse entre l’austérité et le maintien des intérêts privés creuse davantage le fossé des inégalités, faisant des couches les plus vulnérables de la société les victimes désignées de cette stratégie économique.

La crise de la dette, telle qu’elle est présentée, devient une opportunité politique pour imposer un agenda néolibéral, où les notions de solidarité et de bien commun sont reléguées au second plan au profit d’une course effrénée à la rentabilité et à l’accumulation de capital. La logique qui sous-tend ce récit est simple : il faut payer la dette, peu importe le coût social ou humain.

L’ironie de cette situation est que les mesures d’austérité, loin de résoudre le problème de la dette, ne font qu’aggraver la récession économique, réduisant ainsi la capacité de l’État à générer des revenus et à rembourser ses dettes. Le cercle vicieux de la dette et de l’austérité conduit ainsi à une impasse économique et sociale.

La crise de la dette, manipulée et exacerbée par un discours politique et médiatique alarmiste, devient un instrument de domination et de contrôle, une manière de discipliner la démocratie et de remettre en question les acquis sociaux. Derrière les cris d’alarme sur la dette, c’est une véritable guerre sociale qui se joue, où les bénéficiaires sont toujours les mêmes : les élites économiques et financières, au détriment de la majorité de la population.

En somme, le récit de la dette, tel qu’il est construit et véhiculé, n’est pas un appel à la prudence économique, mais une stratégie délibérée pour détruire l’État social et redistribuer la richesse vers le haut. C’est un choix politique, un choix qui favorise les intérêts d’une minorité au détriment du bien-être de la majorité. La véritable question n’est donc pas de savoir comment réduire la dette, mais plutôt de déterminer quels intérêts elle sert et à quel prix.

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