Ce retour ravive les souvenirs amers du meurtre de Mahsa (Jina) Amini, des Armitas et d’autres victimes de la violence d’État. Une force qui, aujourd’hui plus que jamais, tente de se dissimuler pour éviter toute réaction publique et toute confrontation.
Dans cette nouvelle phase, les véhicules utilisés pour transporter les femmes sans hijab obligatoire ne sont plus les fourgonnettes habituelles. On utilise désormais des voitures entièrement blanches, sans emblème ni signe distinctif. Les agents ne portent plus d’uniforme de police. Des femmes vêtues de longs tchadors noirs, masquées et portant des lunettes de soleil, apparaissent en public pour passer inaperçues, chargées d’identifier, de suivre et parfois d’arrêter les femmes jugées » incorrectement voilées « .

D’après les observations sur le terrain, ces agents se regroupent souvent dans les quartiers centraux de la ville, comme la place Valiasr, le carrefour Hafez et Enghelab, et surtout autour du Théâtre municipal de Téhéran. Leur présence s’intensifie l’après-midi et aux heures de pointe.
Ces femmes, d’apparence religieuse et entièrement voilées, sont rarement vues seules. Elles sont généralement accompagnées et protégées par des hommes en civil. Ce terme désigne des individus affiliés aux forces de sécurité ou de police qui ne portent pas d’uniforme officiel, mais s’habillent comme des citoyens ordinaires, souvent armés d’armes blanches ou à feu. Leur mission consiste à exercer une répression et une surveillance informelles.
Nombre de ces agents portent des caméras corporelles sur leurs vêtements, utilisées apparemment pour la reconnaissance faciale. Les femmes ainsi identifiées peuvent être confrontées à de graves restrictions : refus d’accès aux services sociaux, retrait de leur carte SIM, gel de leur compte bancaire et interdiction de conduire.
Manifestation silencieuse, rues parlantes
Malgré la répression, les rues autour de Valiasr et du Théâtre municipal portent encore des traces visibles de résistance civile. De nombreux murs arborent des graffitis, parfois visiblement effacés ou recouverts de peinture, mais toujours lisibles. Du nom de Mahsa aux slogans pour la liberté, des traces de protestation subsistent. Dans certains quartiers, on peut apercevoir des symboles anarchistes, des icônes de la résistance et des slogans protestataires, témoins d’un esprit rebelle qu’aucune répression n’a réussi à effacer.
