Un vent brun souffle sur les chambres d’agriculture : la Coordination Rurale s’infiltre, la FNSEA vacille

Le paysage syndical agricole se recompose, et pas franchement pour le meilleur. Si l’hégémonie de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) prend un coup, c’est surtout parce que la Coordination Rurale (CR), syndicat aux accointances bien droitières, a raflé quatorze chambres départementales lors des dernières élections agricoles. Derrière son discours populiste et ses coups de force très médiatisés, cette organisation, qui fricote allègrement avec l’extrême droite, s’impose désormais comme une force influente, au grand dam des paysans qui défendent une agriculture paysanne et écologique.

Depuis des mois, la colère des agriculteurs gronde face aux faillites, aux dettes écrasantes et à une politique européenne toujours plus destructrice pour les petites exploitations. Mais là où la Confédération Paysanne s’attelle à défendre une agriculture vivable et des circuits courts, la CR détourne cette rage en un rejet xénophobe des travailleurs agricoles immigrés et en une défense acharnée d’un modèle productiviste dépassé. Leur victoire en Gironde, dans le Tarn, en Dordogne ou en Charente-Maritime traduit un basculement inquiétant, où le ressentiment se transforme en adhésion à des solutions autoritaires et réactionnaires.

Ceux qui espéraient voir émerger une alternative crédible à la FNSEA risquent de déchanter. La Coordination Rurale ne remet pas en cause le modèle agro-industriel, bien au contraire : elle veut juste le repeindre aux couleurs de la préférence nationale et du repli sur soi. Quant aux mobilisations paysannes de ces derniers mois, elles risquent d’être confisquées par des opportunistes dont le projet n’a rien d’émancipateur. Dans ce marasme, la Confédération Paysanne, seule organisation à défendre un modèle paysan et une agriculture sociale, peine à se faire entendre. Elle remporte toutefois la chambre d’agriculture de l’Ardèche, preuve que le combat n’est pas terminé.

La CR, c’est d’abord un vieux rejeton de la FNSEA, né en 1991 en opposition aux nouvelles règles de la PAC. Officiellement, ils se disent indépendants et défenseurs des petits agriculteurs. En réalité, ils sont devenus le repaire des agrariens d’extrême droite, à l’aise avec le Rassemblement National et les identitaires en tout genre. Le site Streetpress a révélé leurs accointances avec Bardella et compagnie, et ce n’est pas une surprise. À chaque campagne électorale, on les voit fricoter avec les fachos, gueuler contre Bruxelles et désigner les écolos et les étrangers comme les ennemis à abattre.

Sauf qu’au-delà des coups d’éclat, il n’y a pas grand-chose. Ce syndicat passe plus de temps à agiter les drapeaux qu’à bosser réellement dans les instances agricoles. Dans les chambres d’agriculture, où ils ont décroché des sièges, ils sont souvent absents, incapables de proposer des solutions concrètes. C’est bien joli de hurler contre l’administration et les taxes, mais quand il s’agit de voter des aides pour les agriculteurs, y’a plus personne.

Le succès de la CR est surtout le fruit d’une colère généralisée dans le monde agricole. Depuis des années, les petits paysans se font broyer par l’agro-industrie et les politiques agricoles européennes qui favorisent les gros exploitants. Alors forcément, quand un syndicat débarque en gueulant contre  » le système « , ça fait recette. Mais au-delà du show, les résultats sont minces.

Leur programme ? Suppression des normes environnementales, rejet des politiques climatiques, et défense du modèle productiviste à bout de souffle. En gros, ils veulent continuer à creuser la tombe de l’agriculture paysanne en se vendant comme les défenseurs du terroir. C’est la FNSEA en plus bruyant, avec une dose de xénophobie en plus

Mais une chose est sûre : avec l’ascension de la CR, ce sont les valeurs d’entraide et de solidarité du monde agricole qui prennent un coup. Loin d’une révolte émancipatrice, ce scrutin marque surtout la percée d’une réaction conservatrice qui ne profitera qu’aux gros céréaliers et aux chantres d’une agriculture d’exportation. Loin d’un réveil du monde paysan, c’est une nouvelle alerte sur la droitisation des campagnes.

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