Ce n’est pas l’Afghanistan des frontières coloniales, ni celui d’un État-nation corrompu, ni celui des cartes imbibées de sang. C’est une terre occupée — non seulement par les talibans, mais par toutes les formes de domination : l’État, l’ethnicité, la religion, le patriarcat, le capital.
Les talibans, actuels dirigeants, ne sont ni un gouvernement légitime, ni les représentants du peuple. Ils ne sont qu’un groupe armé qui, avec le fouet de la charia, les armes américaines et une logique brutale, a réduit le peuple au silence et dressé le califat sur les ruines de l’espoir. Ce qui se passe en Afghanistan n’est pas seulement une tyrannie religieuse : c’est la reproduction infinie de l’ordre de domination, sous un nouveau nom, sous un autre turban.
Les talibans incarnent la continuité logique d’une structure étatique qui, depuis la création de l’Afghanistan, n’a été qu’un instrument de répression de la majorité au profit d’une minorité. L’État n’a jamais été autre chose qu’une cage de fer pour les êtres humains, un outil de colonisation intérieure. L’anarchisme s’oppose à cet ordre mortifère et sanglant. Nous ne considérons pas l’État comme un sauveur, mais comme l’ennemi de toute liberté — qu’il s’agisse des talibans, des républiques corrompues, de l’Émirat islamique ou de démocraties de façade.

L’Afghanistan est une terre aux mille couleurs humaines. Pourtant, les structures de pouvoir ont transformé ces couleurs en rivières de sang. Les talibans, par leur domination ethnique centrée sur les Pachtounes, ne font que perpétuer une discrimination historique qui, depuis des siècles, marginalise ou tente d’éliminer les minorités non autochtones. Pour nous, anarchistes, tout pouvoir fondé sur l’ethnie, la race ou la lignée est une maladie historique à guérir par une solidarité radicale et transnationale.
Aujourd’hui, les femmes afghanes ne sont pas seulement privées de leurs droits : elles sont systématiquement exclues de toute vie sociale. Les talibans ont fermé les écoles aux filles, interdit le travail des femmes, et enchaîné leur corps au nom de l’honneur et de la charia. Mais les femmes ont-elles abandonné ? Non. Des rues de Kaboul aux prisons secrètes, des manuscrits clandestins aux cris étouffés, elles sont les premières étincelles de la révolte. L’anarchisme ne voit pas les femmes comme des victimes, mais comme le point de départ de la révolution.
Pendant que des enfants meurent de froid, les commandants talibans prospèrent sur le commerce sanglant du pétrole iranien et des dollars qataris. Le capitalisme afghan a un visage démasqué : celui d’un capital violent, religieux, ethnique et tribal. L’anarchisme propose une alternative à cet enfer : une économie de partage, des coopératives locales, la propriété collective, la distribution gratuite des ressources selon les besoins.
Et pourtant, l’espoir subsiste. Au cœur de l’obscurité, des jeunes sans drapeau, sans chef, sans structure, tissent des réseaux clandestins de résistance. Des femmes enseignent en secret dans des maisons. Des poètes exilés deviennent la voix des sans-voix. Des médias diffusent les nouvelles sous le manteau. Ce sont là les germes de la libération. Si on en prend soin, ils fleuriront en un avenir de liberté.
Le peuple afghan est opprimé et torturé par l’État, la religion, l’ethnicité et le capital. Mais ces oppressions sont aussi la promesse d’une autre naissance. L’anarchisme est une invitation à cette naissance douloureuse : une libération sans chef, un ordre sans État, une vie sans maître. Nous ne croyons pas — mais nous espérons. Pas un espoir vide, mais un espoir armé, en colère et empli d’amour. L’Afghanistan doit être reconstruit — par le bas, par le peuple, à partir des cendres de la révolte et de la bonté.
