Les premières mobilisations du 8 mars remontent à 1909, quand des militantes socialistes américaines organisent une Journée nationale de la femme pour revendiquer le droit de vote et de meilleures conditions de travail. L’initiative, impulsée par Theresa Serber Malkiel, ne tarde pas à traverser l’Atlantique.
En 1910, la conférence internationale des femmes socialistes adopte l’idée d’une journée internationale de mobilisation. Clara Zetkin, militante marxiste, défend alors une approche de classe du féminisme et rejette toute alliance avec les » féministes bourgeoises « . Pour elle, l’émancipation des femmes passe par une révolution totale de la société.
L’année suivante, un million de manifestant·es se rassemblent en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse. Si la date du 8 mars n’est pas encore fixée, l’événement devient un rendez-vous incontournable du mouvement ouvrier et féministe.
Pourquoi le 8 mars ?
La date du 8 mars s’impose en 1917, en pleine guerre mondiale. À Petrograd (actuelle Saint-Pétersbourg), des milliers d’ouvrières descendent dans la rue pour réclamer du pain, la paix et la fin de l’oppression. Cette grève, déclenchée par des travailleuses textiles, précipite la révolution russe et met un coup fatal au régime tsariste.
À partir de là, le 8 mars devient une journée de lutte contre l’exploitation et la domination patriarcale. Ce n’est qu’en 1977 que l’ONU reconnaît officiellement cette date, sans pour autant lui donner sa véritable signification politique.

Du féminisme institutionnel à la grève mondiale
Longtemps récupéré par les institutions, le 8 mars a été transformé en une cérémonie aseptisée, où les gouvernements et les entreprises en profitent pour faire des déclarations creuses tout en maintenant les inégalités. Mais depuis plusieurs années, la dynamique de lutte reprend le dessus.
En 2017, plusieurs organisations féministes et syndicales lancent un appel à la grève pour dénoncer les inégalités économiques. L’idée : cesser toute activité à 15h40, l’heure symbolique à partir de laquelle les femmes cessent d’être payées par rapport aux hommes. Depuis, la mobilisation s’est élargie : grève du travail, des tâches domestiques, des soins…
Loin des discours consensuels, le 8 mars redevient un acte de rupture. Dans plusieurs pays, des blocages sont organisés, des manifestations dénoncent non seulement les inégalités salariales mais aussi les violences sexistes, les féminicides et les politiques réactionnaires qui s’attaquent aux droits des femmes et des minorités de genre.
Une lutte inséparable des combats sociaux et politiques
Si le 8 mars continue de déranger, c’est parce qu’il met en lumière les oppressions systémiques qui structurent la société. Derrière les discours sur » l’égalité des sexes « , les gouvernements refusent toujours de s’attaquer aux véritables causes des inégalités : le patriarcat, le capitalisme et l’extrême droite.
Les offensives réactionnaires qui se multiplient partout dans le monde montrent que les acquis ne sont jamais définitifs. De la montée de la droite ultra aux États-Unis aux attaques contre les droits reproductifs en Europe, les tentatives de faire reculer les luttes féministes sont constantes.
Le 8 mars n’est donc pas une simple journée de revendications, mais un moment de confrontation avec un système qui repose sur l’exploitation et la domination. Une journée où se joue, chaque année, l’affirmation que les luttes féministes ne peuvent être dissociées des luttes anticapitalistes et antifascistes.
Alors non, ce n’est pas une fête. Ce n’est pas non plus une date à récupérer pour faire du féminisme un produit marketing. C’est un rappel que rien n’a jamais été obtenu sans lutte, et que la mobilisation continue.
