La France n’a pas » civilisé » l’Algérie,, comme aime a le rappeler les negationistes de la colonisation, elle l’a saignée à blanc. Selon l’historien Mostafa Lacheraf, environ six millions d’Algériens ont péri sous l’occupation française entre 1830 et 1962. Des enfumades du Dahra orchestrées par Bugeaud, où des centaines d’Algériens furent asphyxiés dans des grottes, aux massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en 1945, où des milliers de civils furent exécutés par l’armée et les colons, chaque période coloniale fut marquée par des violences de masse.
Durant la guerre d’Algérie (1954-1962), la torture et les exécutions sommaires devinrent une méthode de gouvernement. Le général Aussaresses, qui participa activement à ces atrocités, le reconnut sans détour. Quant aux essais nucléaires français menés en plein désert algérien entre 1960 et 1966, ils continuent aujourd’hui encore à contaminer les populations locales.
Un génocide culturel
Dès les premiers jours de l’occupation, la France n’a pas seulement pris les terres et les ressources, elle s’est aussi attaquée à l’âme du pays. À Alger, seule la Casbah témoigne encore du patrimoine architectural d’avant 1830. Le reste a été détruit pour laisser place aux bâtiments coloniaux.

L’arabe a été relégué au rang de dialecte subalterne et les écoles coraniques fermées ou placées sous contrôle. La religion musulmane a été réprimée, les mosquées transformées en casernes ou en églises. La culture algérienne et la religion de son peuple n’était pas seulement ignorée, elle devait disparaître pour laisser place à un modèle français imposé de force.
Quand l’histoire est écrite par les bourreaux
Et pourtant, la France officielle continue de regarder ce passé avec des œillères bien confortables. En 2005, une loi voulait imposer aux manuels scolaires la reconnaissance du » rôle positif » de la colonisation. Devant le tollé, l’article en question a été supprimé, mais l’intention, elle, est restée.
Aujourd’hui encore, des élus réclament que l’Algérie reconnaisse une dette envers la France, comme si ce pays, pillé et brisé, devait encore rendre des comptes. Ces mêmes voix se gardent bien de rappeler que la France a exploité l’Algérie jusqu’à la moelle, raflant son pétrole, ses terres et ses richesses, et sabotant son développement économique pour garantir sa dépendance postcoloniale.
Qui doit réparation à qui ?
Plutôt que d’exiger une reconnaissance absurde des » bienfaits » de la colonisation, la France ferait mieux de regarder en face ce qu’elle doit à l’Algérie. Un pays qu’elle a réduit à un immense champ d’exploitation, dont elle a arraché l’identité et qu’elle continue aujourd’hui d’infantiliser sous couvert de partenariats » stratégiques « .
Si dette il y a, elle n’est pas du côté de l’Algérie. Elle est du côté de ceux qui veulent effacer l’histoire, minimiser les crimes et réécrire le passé à leur avantage. Mais l’histoire, elle, ne s’efface pas d’un coup de gomme nationaliste. Elle se rappelle à ceux qui tentent de la fuir. Et si dette devrait être, elle serait envers les ex colonie française qui sont là seule et unique raison pour laquelle la France existe encore aujourd’hui !
