Réflexions sur les trans dans le sport et la société

Ce texte n’a pas vocation à être exhaustif, mais il permet d’avoir quelques pistes de réflexions qui j’espère vous intéressera.

Femmes trans avantagées ?

Pour participer à des compétitions les femmes trans doivent respecter des critères qui varient selon les disciplines. Par exemple : taux de testostérone inférieur à un seuil fixé depuis un à trois ans, prise d’hormones féminisantes depuis avant la puberté, chirurgie de réassignation sexuelle effectuée …

En ce sens leurs performances sont souvent  » moins bonnes  » qu’avant leur transition, on peut remarquer qu’aucun records mondiaux ou olympiques ne sont détenus par une femme trans, étonnant si elles avaient réellement un gros avantage.

Penchons nous sur un premier cas qui a fait  » polémique « . Lia Thomas, nageuse américaine remporte le championnat national universitaire 2022 en mettant 1,75 secondes à la deuxième Emma Weyant, pourtant médaillée d’argent aux jeux olympiques de Tokyo. Mais si on décortique, premièrement, la performance d’Emma Weyant aux JO se trouvait dans une autre catégorie que celle qui nous intéresse, de plus Lia Thomas finit 9,18 secondes derrière le record dans cette épreuve. Si la recordwoman avait été là ce jour là, on n’aurait jamais entendu parler de Lia au vu de l’écart.

Pour répondre à la question :  » oui mais elle est passée à la catégorie féminine car elle ne gagnait pas chez les hommes « . En 2018-2019, elle obtient dans la catégorie masculine le meilleur temps en 500, 1000 et 1650 libres, loin d’être ridicule. Après sa transition et en respectant toutes les règles imposées, son temps diminue de 15 secondes (à une période où les temps des jeunes athlètes progressent normalement) ce qui la place à un niveau comparable aux autres femmes de son âge.

Violence transphobe

Nous avons vu que les athlètes trans n’ont en réalité pas d’avantages significatifs sur les femmes cis. Il est important de rappeler que ces attaques sont avant tout mené par des transphobes (qui sont soit d’extrême droite, soit s’en rapprochent inexorablement). N’oubliez pas que ces athlètes restent des humain.es, et que ces vagues de violences sont lourdes à porter.

De plus, comme mentionné avant, pour participer à ces compétitions, elles doivent se conformer à un tas de norme, passer des tests … Ces changements peuvent arriver à des moments vulnérables de leur transition, et ce rappel constant de leur  » non-féminité  » peut être violent. Alors applaudissons ces femmes pour le courage qu’elles ont de s’affirmer au grand jour, malgré la transphobie et toutes les violences qu’elles subissent pour faire ce qu’elles aiment, leur courage est immense. Et elles ne devraient pas avoir besoin de courage pour participer à des compétitions.

Derrière la transphobie se cache le sexisme

Comment définir une femme ? Cette case que nous, humains, avons inventé n’existe en réalité pas vraiment dans la nature, et derrière le concept de femmes se cache souvent l’idée que les transfem ne pourraient jamais le devenir. Car une femme doit pouvoir avoir des enfants … Sans parler des personnes intersexes, des femmes ayant des chromosomes XY mais dont le Y ne s’est pas activé …, qui sont des cas totalement impensés pour une bonne partie de la société.

Prenons encore une fois un exemple qui a fait parler. Imane Khelif qui a remporté les JO de boxe l’été dernier, accusée d’être une femme trans. Remarque infondée, puisqu’elle a été assignée femme à la naissance. Ce qui lui a été reproché ? Avoir une trop grande quantité de testostérone (plus grande que la limite autorisée pour les femmes trans), quand la transphobie s’abat sur des femmes cis, cela donne des athlètes exclues de compétitions alors qu’elles ne sont mêmes pas trans.

Derrière la transphobie se cache le racisme

En fait nous pouvons aller plus loin. Il est courant chez les femmes d’Afrique du Nord d’avoir un aspect plus androgyne et un taux de testostérone plus élevé. Les seuils choisis par les instances internationales se basent en effet souvent sur des recherches portant sur des personnes blanches et européennes (ou  » occidentales « ). Encore une fois en invisibilisant les différences naturelles entre les humain.es, on perpétue des clichés racistes, sexistes …

Il y a d’ailleurs un autre aspect intéressant à développer. Car dans les compétitions sportives, les athlètes ne sont pas égaux ni égales. Certain.es ont des aptitudes extraordinaires qui leur permet de surpasser leur adversaire. Quand c’est un.e blanc.he, on applaudit, par contre quand c’est des non-blanc.hes on parle d’avantage naturel. On dit que les noir.es ont des aptitudes liés à leur musculature, pour l’athlétisme (ça c’est la version poli, mais certains n’hésitent pas à y verser tout leur racisme et leur mépris). On dit que U.Bolt a de telles aptitudes mais rarement que M.Phelps a des bras plus grands que la moyenne lui permettant de nager plus vite. Alors on ne s’étonnera pas que les trans n’aient pas le droit d’être doué.es dans leur discipline, c’est réservé à une minorité de personnes.

A quoi servent les compétitions

Bien que tous les arguments donnés précédemment devraient suffire à justifier la place des athlètes trans, il est important de rappeler que les compétitions ne servent à rien. C’est du spectacle et rien de plus. Le spectacle ne doit pas se faire sur l’oppression de minorité. Pourquoi faire souffrir les personnes trans alors qu’on pourrait juste les laisser participer à des compétitions, sans que le monde s’effondre.

On en arrive en plus à des situations ridicules. Aux échecs, si les catégories féminines ont été créées c’est pour permettre aux jeunes filles d’avoir des modèles à suivre, et de poursuivre la discipline face à des injonctions souvent contraires. Ce n’est pas à cause d’une différence d’intelligence entre les hommes et les femmes. Alors pourquoi exclure les femmes trans des compétitions internationales ? Si ce n’est à cause de la transphobie ambiante.

Rappels historiques importants

Parmi les premières victimes du nazisme il y a eu les personnes trans. La clinique Magnus Hirschfeld, la première clinique à faire des opérations de réassignation de genre, et pratiquant des recherches pionnières sur le sujet fut détruite le 6 mai 1933 par les nazis. Tous les livres de la clinique, toutes les découvertes ont été brulées dans la rue. Il n’a fallut que 5 mois aux nazis pour s’en prendre à cette clinique et pour faire cette première cession de brûlage de livre, qui perdureront dans d’autres secteurs par la suite.

Ne soyons pas dupes, restons solidaires. Soyons à l’écoute des opprimé.es, croyons leurs récits et leurs expériences. Si la classe dirigeante, le capitalisme et les fascistes veulent nous diviser, alors restons solidaires, tenons les lignes, soyons intransigent.es. Si vous ne dites rien quand ils s’en prendront aux trans, ne vous attendez pas à ce que d’autres disent quelques choses quand ils s’en prendront à vous, car cela signifiera que leur stratégie de la division aura fonctionné.

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