Le monde verdit, mais crève quand même: Droit de réponse a Chouard et ses amis négationniste

Une étude montre que la végétation progresse ? Chouard y voit un miracle. Sauf que c’est surtout un cache-misère. Le climat se dérègle, les écosystèmes s’effondrent, et quelques plantes vertes n’y changeront rien….

Depuis quelques jours, ça tourne pas sur les réseaux : une étude scientifique qui montre que la Terre verdit. Et comme d’hab, y’en a qui s’en servent pour raconter tout et n’importe quoi. En tête de gondole : Étienne Chouard. L’ex-prof s’est trouvé une nouvelle marotte et balance que si le monde devient plus vert, c’est que le réchauffement, c’est pas si grave. Que le CO₂, c’est bon pour les plantes. Que les scientifiques en font des caisses. Bref, le baratin habituel.

Sauf que cette façon de lire l’étude, c’est du bidouillage pur jus. Le papier en question, intitulé Uncovering True Significant Trends in Global Greening, analyse l’évolution de la végétation mondiale sur 42 ans grâce à une méthode plus rigoureuse. Il constate effectivement une augmentation de la couverture végétale dans certaines zones. Mais nulle part les auteurs ne disent que cela invalide le réchauffement climatique. Ni que c’est une bonne nouvelle.

Oui, le CO₂ stimule la photosynthèse. C’est un fait connu depuis longtemps. Mais ce que Chouard oublie (ou mets volontairement sous le tapis), c’est que cet effet fertilisant est limité dans le temps et conditionné par plein d’autres facteurs : température, disponibilité de l’eau, nutriments dans les sols. Quand la chaleur monte trop ou que l’eau vient à manquer, la plante crève, CO₂ ou pas. Et c’est exactement ce qu’on observe aujourd’hui : sécheresses, forêts qui dépérissent, agriculture en berne.

Le verdissement mondial n’est pas une victoire. Une bonne partie vient de monocultures industrielles (soja, maïs, palmiers à huile) ou d’invasions végétales. C’est du vert, oui. Mais pas de la biodiversité. Pas des écosystèmes équilibrés. En Amazonie, par exemple, la forêt primaire recule, remplacée par des plantations. L’image satellite montre du vert, mais la réalité, c’est la mort d’un biome.

Et même dans les zones qui verdissent « naturellement », comme certaines parties de la Sibérie ou du Sahel, ce n’est pas forcément bon signe. En Sibérie, le dégel du permafrost libère du méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂. Dans les zones arides, la végétation profite parfois d’un peu plus de pluie, mais c’est instable, lié à des phénomènes extrêmes, et souvent suivi de périodes de sécheresse dévastatrices.

Autre bobard servi sur un plateau : « les planètes du système solaire se réchauffent aussi », donc c’est pas notre faute. Sauf que cette affirmation est fausse scientifiquement. D’abord, on n’a pas assez de données précises pour détecter des tendances climatiques solides sur d’autres planètes. Ensuite, les quelques variations observées sont liées à leurs propres cycles internes : changements d’orbite, inclinaison, tempêtes géantes. Ça n’a rien à voir avec ce qui se passe sur Terre. Ici, le réchauffement est rapide, massif et parfaitement corrélé aux émissions humaines. 99,9 % des études scientifiques sérieuses l’affirment.

Et que dire du refrain « le CO₂, c’est naturel, donc c’est pas dangereux » ? C’est comme dire « l’eau c’est naturel, donc une inondation c’est cool ». Tout est une question de dose et de rythme. Le CO₂ a toujours été présent, mais l’humain en crache aujourd’hui 100 fois plus vite que lors des grands cycles naturels passés. Résultat : le climat change trop vite pour que les écosystèmes (et les sociétés humaines) puissent s’adapter.

Enfin, Chouard prétend que « les médias planquent l’étude ». Faux encore. L’étude a été publiée dans une revue scientifique, disponible en libre accès, et reprise par plusieurs médias spécialisés. Mais elle a été lue avec sérieux. Pas utilisée comme une pancarte pour dire que tout va bien alors que le thermomètre pète les plombs.

Alors non, le verdissement de la planète ne change rien à l’affaire. Le climat se dérègle à vitesse grand V, les équilibres naturels s’effondrent, et les dégâts s’accumulent. Faire dire le contraire à une étude, c’est pas de la science. C’est de la désinformation. Et ça, faut pas le laisser passer.

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