Depuis quelques années, une frange bruyante de l’extrême droite tente de faire son nid dans les universités françaises. Ces petits soldats de la « réaction joyeuse » ont pour noms Cocarde étudiante, UNI, Action française campus ou encore parfois quelques chapelles dissidentes décomplexées. Leur mission ? Remettre au pas des universités qu’ils jugent gangrenées par l’antiracisme, le féminisme et les luttes sociales. En ligne de mire : les mouvements étudiants progressistes, les collectifs de soutien à la Palestine, les assos antiracistes et les féministes. Bref, tout ce qui dépasse leur vision réactionnaire du monde.
Sous couvert de « liberté d’expression », ces groupes déploient des stratégies bien rodées : affichages provocateurs, intrusion dans les AG, intimidation physique, événements organisés en catimini avec les parrains de l’extrême droite médiatique et politique. L’objectif est clair : polariser, diviser, susciter des polémiques pour mieux se poser en « victimes de la cancel culture ». Un vocabulaire pompé sur les think tanks américains et la réaction américaino-trumpienne.
Leurs têtes d’affiche ? Des étudiants en droit, souvent passés par les réseaux scouts tradis, parfois fréquentant les bancs de Sciences Po ou des facs de lettres, grâce au soutien de familles bien installées. Derrière les polos Lacoste et les chemises repassées se cache une réelle stratégie de reconquête culturelle.
Et sur le terrain, c’est pas de la théorie. Les collectifs de lutte dénoncent des agressions, des pressions, des signalements à l’administration et des provocations continues. À Tolbiac, Assas, Nanterre ou Lyon II, les accrochages se multiplient. Une banderole féministe ? Elle est arrachée. Une AG pour soutenir Gaza ? Ils débarquent pour la perturber. Une journée antifasciste ? Ils crient à la censure. Et tout cela, souvent, avec la complaisance de directions universitaires qui, au nom de la neutralité, ferment les yeux sur les violences d’extrême droite tout en interdisant les conférences militantes jugées trop « clivantes ».

Leurs figures politiques sont connues : Zemmour, Le Pen, Bardella, Ciotti pour les plus prudents. Ils se revendiquent d’une droite décomplexée, rêvérent les colonisateurs, et font parfois du féminisme un délit d’opinion. En coulisses, les relais ne manquent pas. Entre anciens de l’Action française, journalistes de Valeurs Actuelles ou conseillers politiques au Rassemblement National, les ponts sont bien solides. Les campagnes d’affichage sont financées, les conférences appuyées, les buzz orchestrés.
Mais tout n’est pas joué. Face à eux, une jeunesse debout. Des collectifs autogérés, des syndicats combatifs, des assos féministes, queer, antiracistes, des comités pour la Palestine, et des étudiants qui se réveillent. À Rennes, à Strasbourg, à Toulouse, à Paris, les résistances se construisent. Des AG massives, des occupations, des journées de débat, des murs recouverts de messages antifascistes. Les campus sont encore des lieux de vie et de lutte, malgré la pression.
Et parfois, les vitrines prennent un coup de chaud. Les nids à fachos se font repeindre, les autocollants réacs décollent aussi vite qu’ils ont été posés. Des initiatives ludiques, joyeuses, déroutantes, qui rappellent que la jeunesse n’a pas envie de se faire dicter la morale par des petits nervis de la réaction.
Alors non, l’université n’est pas encore sous la coupe du nouvel ordre moral. Et tant qu’il y aura des cerveaux pour penser, des cœurs pour résister et des mains pour lutter, les fascistes en chemise n’auront pas la paix. Ils peuvent bien faire leurs meetings, empiler les tweets et jouer les victimes dans leurs journaux, ils resteront ce qu’ils sont : des nervis de la bourgeoisie qui tremble de voir vaciller les fondations du vieux monde.
Et pour celles et ceux qui luttent : courage, on est là, on vous lit, on vous relaie. Contre la Cocarde et compagnie, c’est pas juste une bagarre d’idées, c’est une lutte de classes. Force a notre jeunesse en lutte
