Nouvelle Constitution: Damas impose l’islam, efface les minorités et verrouille le pouvoir

Damas a publié son projet de  » Constitution de transition  » et surprise, c’est du Baathisme relooké avec un bonne cuillère d’islamisme. Aucune reconnaissance des autres minorités, un président tout-puissant au-dessus des lois, l’islam imposé comme cadre juridique et un retour au centralisme autoritaire. L’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES) ne décolère pas et dénonce un texte qui ne représente ni la Syrie, ni son peuple, ni ses aspirations démocratiques.

Depuis la chute du Baath, Damas promettait une refonte politique. Mais le projet de Constitution présenté jeudi ressemble à s’y méprendre aux vieilles recettes du régime. Le président y conserve un pouvoir absolu, les lois doivent s’appuyer sur la jurisprudence islamique, et la diversité du pays est tout simplement effacée du texte.

L’Administration autonome ne mâche pas ses mots :  » Ce projet ne représente pas notre peuple et ne reflète pas l’identité véritable de la Syrie.  » Selon son communiqué, les articles de ce texte sont identiques aux lois du Baath, celles-là mêmes contre lesquelles les Syriens se sont soulevés. La pluralité de la Syrie ? Rayée d’un trait de plume.

Les Kurdes, les Assyriens, les Druzes, les chrétiens ? Invisibilisés. Pas un mot sur leurs droits, pas la moindre reconnaissance de leur existence. Damas signe une Constitution pour une Syrie monolithique, qui tourne le dos à des décennies de lutte pour la reconnaissance des minorités nationales et religieuses.

La mise.en place d’une théocratie.

Autre aspect inquiétant du texte : le président syrien est désormais une sorte de guide suprême a l’italienne. Il détient l’autorité absolue sur l’État, avec un pouvoir de contrôle sur toutes les institutions.

Les règles sont claires :  » Le président doit être musulman « , et les lois du pays doivent être conformes à l’islam. Fini la laïcité, Damas impose son cadre idéologique et religieux, à l’image de l’Iran.

C’est un bond en arrière monumental. Au lieu d’une transition démocratique, c’est un retour aux vieilles dictatures du Moyen-Orient où l’autorité religieuse se mêle au pouvoir absolu.

L’AANES prévient :  » Ce projet de loi temporaire ignore la diversité syrienne et la participation de ses composantes nationales. Cette déclaration reflète une nouvelle fois la mentalité moniste qui est une continuation du système précédent, que le peuple syrien a rejeté. « 

Les Druzes refusent aussi cette constitution

Autre signe que cette Constitution va raviver les tensions : les Druzes n’avalent pas la pilule. Le commandant des opérations druzes a déclaré :  » Nous rejetons la déclaration constitutionnelle. Nous sommes sous le commandement d’Al-Hajri et prêts à défendre Soueïda. « 

Cela montre l’échec total du projet de Damas. Au lieu d’unir, il divise. Au lieu d’apaiser, il alimente les tensions. Les Druzes de Soueïda ont déjà montré qu’ils ne laisseraient pas le régime les écraser, et cette annonce ne fera qu’attiser leur volonté de résistance.

Pour l’AANES, cette Constitution enterre toute chance de paix durable :  » Un texte comme celui-ci ne peut pas être une base pour la reconstruction du pays. Il ne fera que perpétuer les tensions et la violence. « 

Et difficile de leur donner tort. Comment espérer reconstruire la Syrie sur des bases démocratiques quand le régime impose son modèle autoritaire, sans la moindre place pour le pluralisme politique, ethnique et religieux ?

Les Kurdes ne lâcheront pas leur autonomie, les Druzes ne se soumettront pas, et les zones sous influence rebelle ne voudront pas d’un pouvoir central omnipotent.

Damas joue avec le feu

Le régime de Damas croit-il vraiment que les Syriens vont gober ce projet sans broncher ? Impossible.

Cette Constitution ne pacifiera rien. Elle ne fera qu’accentuer le rejet du pouvoir central. Les minorités refusent d’être réduites au silence, et les populations qui ont combattu le Baathisme ne laisseront pas passer cette mascarade.

Avec ce texte, Damas prépare le terrain pour de nouvelles révoltes. Et quand un régime refuse d’entendre son peuple, c’est la rue qui finit par lui rappeler ses erreurs.

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