Portraits : Thomas Sankara, ou comment s’affranchir de la tutelle blanche (Partie 2/3)

“Cela va nous coûter la vie peut être, mais nous sommes pour prendre les risques, nous sommes là pour oser et vous êtes là pour continuer la lutte coûte que coûte.”

Des réformes sociales, féministes et écologiques

Thomas Sankara mettra en place un grand nombre de réformes dans le pays. Dès son arrivée au pouvoir, il créera le Conseil National de la Révolution. Il réduira également le budget de l’Etat, en remplaçant par exemple les voitures de luxe du gouvernement par des véhicules plus modestes, puis refusera l’utilisation de chauffeurs privées. Il baissera son salaire ainsi que celui de ses ministres.

Avant-gardiste sur la cause écologique, il luttera contre la désertification en organisant un vaste programme de reboisement dans tout le pays, tout en interdisant la coupe de bois sauvage, de même que les feux de brousse. Il déclarera à ce sujet : “Nous estimons que la responsabilité [de la désertification] n’incombe pas seulement […] au Burkina Faso, mais également à tous ceux qui, loin de chez nous, provoque de façon directe ou indirecte des perturbations climatiques et écologiques.”

Sur la condition féminine, il se révèlera tout aussi visionnaire, en mettant en place de nombreuses mesures en faveur de l’émancipation des femmes : fin de la dot, interdiction de l’excision, mise en place d’un salaire vital, etc. C’est ainsi qu’il affirmera vouloir “donner à chaque femme le moyen de gagner honnêtement et dignement sa vie”. Par ailleurs, il n’hésitera pas à nommer plusieurs femmes dans son gouvernement à des postes clés, comme au ministère du budget.

Bien que militaire de métier, il sera malgré tout critique et prudent face aux forces armées. “Quand on possède un fusil qui peut causer la mort, qu’on reçoit des ordres et que l’on se met au garde-à-vous devant un drapeau sans savoir à qui profite cet ordre et ce fusil, alors on devient un criminel en puissance.”

Une politique anti-impérialiste et anticolonialiste

Il mènera une politique basée sur l’autosuffisance alimentaire, pour lutter contre la famine, mais également pour réduire la dépendance du pays face aux puissances occidentales. Le tout dans un prisme anti-impérialiste et anticolonialiste, réclamant des pays riches qu’ils soient moins paternalistes.

Un cas est particulièrement révélateur de ses ambitions émancipatrices : en 1987, durant le sommet de l’Organisation de l’unité africaine en Ethiopie, il exhorte les autres pays africains de ne plus rembourser leur dette. “Si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. […] Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir.”

Il placera de manière générale le peuple au centre de sa politique, influencé par la pensée marxiste qu’il aura approfondi lors de son voyage à Madagascar. Il restera obsédé par l’exemplarité de son gouvernement, et par la lutte contre la corruption politique, notamment avec la création des Tribunaux Populaires de la Révolution (TPR).

Nous suivre