Y a des moments où même les silences font du bruit. Celui qu’on entend autour du camp de Sde Teiman en est un. Un camp de concentration israélien où les Palestinien·nes subissent les pires services. Un camp de la mort et de la honte, géré par l’armée israélienne, ignoré par ses médias, et dénoncé par l’un de ses propres soldats.
Ce soldat, qui a servi là-bas, a tout vu. Et ce qu’il décrit, c’est un enfer organisé. Il parle de prisonnier·es affamé·es, privé·es de soins, interdit·es d’aller aux toilettes. Il évoque des personnes battues, attachées, humiliées. Des mort·es en détention. Des blessé·es abandonné·es sans soins. Des détenu·es relâché·es des semaines plus tard, le corps et la tête brisés, alors qu’ils et elles n’avaient rien à se reprocher.
Il raconte : “J’ai vu un détenu mourir devant moi, les yeux bandés, sans qu’on réagisse. J’ai vu des gens entrer blessés et mourir à petit feu. J’ai vu des gens interdire l’accès aux toilettes, jusqu’à ce qu’ils se fassent dessus. J’ai vu des cadavres. Et tout le monde savait. Personne ne disait rien.”
Le commandant du camp lui-même aurait reconnu que le lieu était qualifié de “cimetière” par ses supérieurs. Mais rien n’a changé. Et si personne n’en parle, ce n’est pas par ignorance. C’est parce que tout est fait pour invisibilisé l’horreur.

Car à côté de cette violence quotidienne, il y a le silence médiatique. Le soldat a témoigné pour une émission télé. Il a raconté tout ce qu’il avait vu. Mais à l’antenne, rien de tout ça n’est passé. À la place : un focus sur “quelques brebis galeuses”, des “dérapages isolés”. Un discours bien huilé pour rassurer les téléspectateurs, pas pour déranger les consciences.
“Les journalistes ont préféré raconter une histoire facile. Une histoire où tout ça ne serait que des erreurs individuelles. Comme si ce n’était pas un système. Comme si ce n’était pas une politique assumée.”
Et pourtant, les témoignages existent. Ceux de prisonnier·es, de médecins, de gardien·nes. Des gens qui confirment tous la même chose : Sde Teiman est un camp de torture. Mais les caméras restent éteintes, et les plumes tremblent. Parce qu’en Israël, comme ailleurs, le pouvoir a besoin de silence pour faire tenir ses murs.
Et ce soldat ? Il ne cherche pas à se faire pardonner. Il veut que ça cesse. Parce que chaque jour, des Palestinien·nes continuent d’y mourir. Parce qu’il est l’un des rares à dire que ce n’est pas un accident, mais une politique d’État. Parce que ce n’est pas une bavure, mais une méthode.
Et pendant ce temps, ici, en Europe, on continue à signer des contrats d’armement avec Israël. On ferme les yeux, comme si tout ça n’existait pas. Comme si ce n’était pas grave. Comme si l’extermination de tout un peuple n’était pas un crime tout simplement car ce ne sont pas des occidentaux.
Alors non, on ne va pas se taire. On ne va pas se contenter des communiqués officiels, ni des éditos frileux. On va continuer à dire, à dénoncer, à rappeler que l’humanité ne peut pas être à géométrie variable. Qu’on soit à Gaza ou ailleurs, un corps torturé reste un corps torturé et un génocide reste un genocide.
