Dans les montagnes du Kurdistan, résone la mémoire d’une lutte dans les chants d’un peuple qui ne s’est jamais soumis. Celle du PKK, né en 1978, dissous en 2025, mais vivant dans chaque cœur qui refuse de plié l’échine. Une guérilla née d’un peuple privé de terre, de langue, de droits, et d’avenir. Et qui, fusil à l’épaule, aura tenu tête pendant quarante ans à l’un des États les plus militarisés de la planète.
La naissance d’un espoir (1978-1984)
À la fin des années 1970, le peuple kurde en Turquie est bâillonné : interdit de parler sa langue, de s’organiser, de rêver à l’indépendance. C’est dans ce contexte qu’un groupe de jeunes militants fonde le Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistanê), avec à sa tête Abdullah Öcalan, dit Apo (oncle en kurde).
Le PKK se veut marxiste-léniniste et nationaliste kurde. Son objectif à l’époque : libérer le Kurdistan par les armes, face à un État turc fascisant et colonial. La répression est immédiate. Les militant·es sont pourchassé·es, torturé·es, exécuté·es. En 1980, l’armée prend le pouvoir en Turquie. Des milliers de Kurdes sont arrêté·es. Le PKK part dans la clandestinité, se forme à la guérilla, et prépare la guerre.
Début de la lutte armée (1984-1999)
Le 15 août 1984, le PKK lance ses premières attaques armées dans le sud-est de la Turquie. C’est le début d’un conflit qui fera plus de 40 000 mort·es, civil·es, guérilleros, soldats confondus. Les montagnes deviennent le terrain d’une résistance acharnée. Le peuple kurde, pris en étau entre l’armée turque et les milices étatique, subit une politique de terre brûlée : villages incendiés, déportations, massacres.
Mais malgré tout, le PKK s’ancre dans la région. Il crée des écoles clandestines, des comités populaires, une organisation sociale souterraine. Dans un Kurdistan broyé, il devient pour beaucoup un symbole de fierté, de résistance, et de dignité retrouvée.
En 1999, coup de tonnerre : Öcalan est capturé au Kenya avec l’aide de la CIA et du Mossad. Il est enfermé à vie sur l’île-prison d’Imrali. Beaucoup annoncent alors la fin du PKK. Mais c’est là que l’histoire prend un autre tournant.
Du marxisme au Municipalisme libertaire (2000-2014)
Depuis sa cellule, Öcalan repense toute la stratégie du mouvement. Il abandonne l’idée d’un État kurde indépendant pour celle d’un confédéralisme démocratique, inspiré par Bookchin, l’écologie sociale, le féminisme radical et la démocratie directe. L’objectif : créer des structures autonomes là où vivent les Kurdes, sans attendre un État central.

Le PKK se transforme. Il déclare des cessez-le-feu successifs, tente la négociation. Mais chaque fois, l’État turc sabote les discussions, tout en continuant ses opérations militaires.
C’est pourtant cette mutation idéologique qui donnera naissance, plus tard, aux expériences révolutionnaires du Rojava. Là-bas, en Syrie du Nord, les camarades du PYD (allié du PKK) instaurent, en pleine guerre civile, un système basé sur l’autonomie locale, l’égalité femmes-hommes, la pluralité ethnique. Une utopie en actes, sous les bombes.
Rojava, Daech et résurgence de la lutte (2014-2020)
En 2014, quand Daech attaque la ville kurde de Kobanê, les combattant·es du YPG et YPJ (branche syrienne proche du PKK) tiennent tête. Le monde découvre alors ces femmes en treillis, cheveux noués et fusil en bandoulière, qui défendent leur ville face à la barbarie islamiste. Une épopée qui redore l’image du PKK, longtemps désigné comme “terroriste” par les USA et l’UE.
Pendant que l’Occident fait semblant de soutenir les Kurdes, la Turquie, elle, bombarde les bases du PKK et envahit Afrin. Le PKK continue à résister, mais la pression est immense. Des milliers de prisonnier·es politiques s’entassent dans les geôles turques. La guérilla est affaiblie, encerclée, isolée. Mais le Rojava dévient un phare dans la nuit pour tous les peuples opprimés
2025 : Dissolution ou nouvelle transformation?
Et puis, le 12 mai 2025, le PKK annonce sa dissolution. La décision est prise au sommet du mouvement, comme un changement de stratégie, pas un abandon. “Nous avons accompli notre mission historique”, disent les délégué·es. “La lutte continue, mais sous d’autres formes.”
L’objectif : laisser la place à une nouvelle génération, à la lutte politique, à l’organisation populaire. Le PKK se retire de la scène armée, mais son esprit, ses idées, ses martyrs, restent dans chaque village, chaque vallée, chaque cœur kurde.
Les armes se taisent, mais la tête reste haute
Le PKK ne meurt pas : il passe le relais. À celles et ceux qui continueront le combat sans uniforme, dans les assemblées, les écoles, les prisons, les rues. Car la cause kurde ne se dissout pas. Elle vit.
Et à tous les journalistes à la solde d’Ankara qui parlent de “défaite”, on répond ceci : quarante ans à tenir face à l’un des plus puissants appareils militaires du monde, ce n’est pas une défaite. C’est un exploit. Une leçon de dignité. Une trace indélébile dans l’histoire des luttes ! Et un horizon de paix et de fraternité pour l’ensemble des peuples du Moyen-Orient !
Honneur aux guérilleros et guérilleras du PKK. Honneur aux mort·es. Honneur à la lutte éternelle des opprimés. Et que vive le Kurdistan libre, multilingue, féministe écologique, démocratique et populaire!
