À Madrid, sous l’égide de Vox, les leaders du groupe des Patriotes au Parlement européen se retrouvent pour afficher une unité de façade. Marine Le Pen, Viktor Orbán, Matteo Salvini et Geert Wilders, manquant de personnalité, reprennent en chœur le slogan » Make Europe Great Again « , emprunté sans vergogne à Donald Trump. L’événement, porté par Santiago Abascal, se veut une démonstration de force, dans l’espoir de peser sur les prochaines élections européennes et d’affirmer un bloc réactionnaire face au Parti populaire européen et aux socialistes.
Mais cette démonstration d’unité masque mal les fractures qui secouent l’extrême droite en Europe. Moins de dix jours avant ce rassemblement madrilène, c’est à Bruxelles que se tenait une autre conférence d’inspiration trumpiste, orchestrée cette fois par les Conservateurs et réformistes européens (ECR), où l’on retrouvait notamment Marion Maréchal, le PiS polonais et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. Là encore, on y parlait identité nationale et liens avec Washington.
Les Patriotes et l’ECR, en concurrence directe, se disputent les faveurs du trumpisme triomphant et du pouvoir qu’il pourrait leur conférer en Europe. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne peuvent se prévaloir d’une reconnaissance exclusive : Viktor Orbán et Giorgia Meloni ont tous deux été conviés à l’investiture de Trump, tandis qu’Elon Musk, bras droit autoproclamé du trumpisme, affiche son soutien à l’AfD allemande, troisième composante de cette droite radicale en recomposition.
Des alliances opportunistes et fragiles
La rivalité entre les deux blocs est née d’un coup de force orchestré par Viktor Orbán à l’été 2024. En quittant le Parti populaire européen, le dirigeant hongrois a lancé le groupe des Patriotes et en a confié la présidence à Jordan Bardella. Cette nouvelle formation a siphonné Vox et le Vlaams Belang, affaiblissant l’ECR.
Depuis, les tensions se cristallisent autour de la stratégie à adopter. Marine Le Pen et Orbán plaident pour une rupture totale avec les droites traditionnelles et rêvent d’un bloc ultra-nationaliste. Giorgia Meloni et Marion Maréchal, plus pragmatiques, tentent de se poser en interlocutrices respectables, capables de négocier avec le centre-droit.

En parallèle, des figures isolées comme Christine Anderson de l’AfD ou Sarah Knafo de Reconquête cherchent à tirer leur épingle du jeu, profitant de l’indécision ambiante.
L’ombre de Washington
Derrière ces batailles d’égos, l’enjeu est clair : qui parviendra à s’imposer comme l’interlocuteur privilégié de Washington si Trump revient à la Maison-Blanche ?
L’influence américaine sur les droites radicales européennes n’est plus un secret. Depuis des années, des think tanks conservateurs américains financent et conseillent ces formations. Trump lui-même s’est toujours montré friand de relations avec les leaders populistes en Europe, voyant en eux une extension de son propre combat contre » l’establishment mondialiste « .
Mais si le trumpisme inspire, il divise aussi. Son instabilité et son rejet des institutions européennes effraient certains partis, qui redoutent d’être perçus comme de simples relais d’une idéologie étrangère.
Madrid et Bruxelles symbolisent ainsi deux visions d’un même projet réactionnaire : l’une radicale et offensive, portée par les Patriotes ; l’autre plus institutionnelle et stratégique, incarnée par l’ECR. Deux chemins, mais un même objectif : imposer un nouvel ordre ultra-nationaliste sur le continent.
Reste à savoir si Trump voudra bien trancher entre ces prétendants au trône du populisme européen. Ou s’il préférera les laisser se déchirer pour mieux les instrumentaliser.
