Sous couvert de lutte contre le narcotrafic, le ministre de la Justice rouvre les cicatrices de la colonisation.

Il y a les mots :  » prison de haute sécurité « ,  » narcotrafiquants « ,  » islamistes radicalisés « . Et puis il y a la réalité : la réouverture d’un bagne. Gérald Darmanin, ministre de l’injustice, a profité d’un déplacement express en Guyane pour annoncer, dans le Journal du dimanche, la construction d’un nouveau centre carcéral à Saint-Laurent-du-Maroni.

Ni concertation, ni respect. Comme à son habitude, le ministre de la Justice a fait son annonce dans les pages bien lustrées du Journal du dimanche, propriété Bolloré, entre deux portraits de fachos et une pub pour les croisières de luxe. Pas un mot aux élu·es locaux, pas de débat public, pas de consultation. Résultat : les habitant·es ont appris que leur territoire allait accueillir les détenus les plus  » dangereux  » de France comme on découvre une verrue sur la carte.

Une page d’histoire qu’on croyait tournée. Entre 1850 et 1938, Saint-Laurent-du-Maroni fut les portes de l’enfer pour des milliers de forçats envoyés au bagne. Crimes, maladies, morts à la chaîne, et tout ça sur fond de logique coloniale. Ce n’est pas une métaphore : c’était une déshumanisation systémique, un projet raciste et impérialiste. Et voilà que Darmanin remet le couvert, 90 ans après. Il ne manque plus que les chaînes et les cases pour compléter le décor… Mais c’est sûrement en projet

 » Une insulte à notre histoire. « 

La réaction des élu·es guyanais·es ne s’est pas faite attendre. La Collectivité territoriale de Guyane (CTG) a dénoncé une  » provocation  » et un projet qui  » expose sciemment notre population à des risques majeurs « . Le député Jean-Victor Castor (GDR) est monté au créneau :  » Avec Wauquiez et Retailleau, Darmanin a les présidentielles en ligne de mire et veut utiliser la Guyane comme marchepied.  » La sénatrice PS Marie-Laure Phinera-Horth dénonce, elle aussi,  » un retour à un passé douloureux « . Ce passé, c’est celui du bagne, de l’exil forcé, de la brutalité de l’État colonial.

L’argument officiel, c’est la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme. Pourtant, la Guyane est déjà confrontée à une surpopulation carcérale chronique (134 % d’occupation). Au lieu d’investir dans les services publics, la prévention, la justice de proximité ou les alternatives à l’incarcération, on préfère construire un goulag tropical où envoyer les  » indésirables  » de l’Hexagone.

Et les droits des prisonnier·es ?

Enfermer à 7 000 km de chez eux des détenus pour les  » isoler  » de leur réseau, c’est aussi les couper de leur famille, de leur avocat, de toute vie sociale. C’est violer leurs droits fondamentaux et aggraver leur situation. On sait ce que ça donne, l’isolement : dépression, suicides, décompensation mentale. Mais ça, Darmanin s’en fout. Il veut du chiffre, des coups de com’, et si possible une belle photo en chemise blanche devant une future forteresse pénitentiaire.

Colonialisme, saison 2025. Ce projet, c’est la continuité d’une politique coloniale jamais digérée. La Guyane reste traitée comme une arrière-cour, un lieu d’exception où la République oublie ses promesses. Le bagne n’est pas une réponse. Il est temps de dire non à cette fuite en avant répressive. Non à la relégation, non à la réouverture d’un camp pénitentiaire colonial. La Guyane a besoin d’écoles, d’hôpitaux, de transports, pas de miradors. Et la France a besoin de justice sociale, pas de barreau. Le bagne est mort, qu’on le laisse pourrir en paix.

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