Comment le système scolaire est devenu dépendant des heures supplémentaires

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’éducation nationale où les enseignants sont désormais des surhommes. Le volume des heures supplémentaires réalisées par les enseignants de collège et lycée atteint des niveaux jamais vus depuis quarante ans. Pourquoi? Parce que compenser les suppressions de postes par une intensification du travail est visiblement la nouvelle norme.

Les heures supplémentaires : La nouvelle drogue des collèges et lycées

Les 29 et 30 avril, une vague de panique a traversé les établissements scolaires. Plusieurs rectorats ont gelé les enveloppes d’heures supplémentaires. Catastrophe ! Amputation ! Paralysie ! Derrière ces mots, on voit bien à quel point les heures additionnelles sont devenues cruciales. Merci, plan d’économies budgétaires de 10 milliards d’euros.

Le volume des heures supplémentaires ne cesse d’augmenter depuis des années, faute d’enseignants et à cause des choix gouvernementaux. En 2023, les enseignants du public ont assuré 620 000 heures supplémentaires par semaine. Un record! Bravo, on peut fièrement afficher cette médaille.

Des heures sup comme solution magique

Julien Giovacchini, principal d’un collège et secrétaire général adjoint du syndicat ID-FO, résume bien la situation : ” Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas des heures en bonus. Sans elles, aucun établissement ne peut assurer tous ses cours ni faire vivre les dispositifs d’accompagnement. ” Effectivement, sans ces heures, on ne pourrait pas compenser les postes supprimés par le gouvernement.

Les heures supplémentaires, ces merveilleuses HSA, sont devenues indispensables pour pallier le manque d’enseignants. Elles représentent désormais une part essentielle du fonctionnement des établissements. C’est incroyable ce que l’on peut faire avec des bouts de chandelle et beaucoup d’exploitation.

La réalité derrière les chiffres

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, plus de 7 000 postes ont été supprimés dans le secondaire. Merci à la crise du recrutement qui a abouti à des milliers de postes vacants aux concours. Les enseignants peuvent maintenant être obligés de faire jusqu’à deux HSA par semaine. Comme c’est généreux de la part du gouvernement de permettre aux enseignants de travailler plus pour combler les vides !

Les dispositifs d’aide, d’accompagnement personnalisé et autres projets en marge des obligations de service des enseignants se multiplient. Ces tâches supplémentaires, bien sûr, ne sont pas couvertes par des créations de postes. Pourquoi payer plus de professeurs quand on peut simplement en faire travailler quelques-uns comme des esclaves modernes?

Le Fardeau Invisible

Pour les enseignants, ces heures supplémentaires alourdissent considérablement la charge de travail. En 2022, près de 90 % des titulaires effectuaient des heures supplémentaires. La dénomination est trompeuse : une heure supplémentaire en classe, c’est aussi des heures de préparation, de correction et de suivi. ” C’est très lourd “, comme le souligne Dalila Chalabi, professeure d’histoire-géographie en lycée. Elle sait de quoi elle parle.

L’intensification du travail enseignant engendre des inégalités salariales entre hommes et femmes, et entre le second et le premier degré. De plus, elle affecte la qualité de l’enseignement. Françoise Lantheaume, chercheuse en sciences de l’éducation, souligne que ” la pénibilité d’une heure de cours n’est plus la même qu’il y a vingt ans “. Les enseignants, épuisés par ces heures supplémentaires, ont moins de temps pour se former, se renouveler et se concerter. Cela affecte la qualité de l’enseignement, même si ça ne se voit pas directement.

Adrien, professeur de maintenance des véhicules, en fait entre six et huit par semaine. Pour combler un poste vacant et ” pour raison financière “. Il a besoin de ces heures pour joindre les deux bouts. ” Dès que je pourrai en faire moins, je baisserai “, dit-il. Mais pour l’instant, il n’a pas le choix.

L’extension des heures supplémentaires est une solution temporaire qui cache mal un problème structurel plus profond. Les enseignants sont épuisés, la qualité de l’enseignement en souffre, et le gouvernement persiste à ne pas créer de postes. Merci à nos décideurs pour avoir transformé le système éducatif en une machine à broyer les enseignants!

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