Les manifestations se sont intensifiées lorsque des groupes de supporters de football, traditionnellement rivaux, se sont unis en solidarité avec les retraités. Le 13 mars, des supporters de différentes équipes se sont joints aux manifestations, ce qui a donné lieu à de violents affrontements avec la police. Les forces de sécurité ont riposté avec des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc, tandis que certains manifestants ont riposté en jetant des pierres et d’autres objets.
Criminalisation des manifestants
Le gouvernement a qualifié les supporters de football radicaux, les Barras Bravas, de menace majeure pour l’ordre public et a proposé une loi visant à qualifier leurs activités de crime organisé. La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, a annoncé que si elle était adoptée, la loi imposerait des sanctions plus sévères à ces groupes, témoignant ainsi d’une tentative plus large de répression de la dissidence.
Répression sévère
Les manifestations ont été réprimées par une brutalité policière extrême. Le 13 mars, les forces de sécurité ont lancé une répression de grande ampleur, utilisant gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et canons à eau à haute pression contre les manifestants. Des dizaines de personnes auraient été blessées, dont le photographe indépendant Pablo Grillo, toujours dans le coma après avoir été touché à la tête par une grenade lacrymogène. Cette répression violente a suscité l’indignation, de nombreuses voix appelant à la démission de la ministre de la Sécurité.
La crise a creusé les divisions au sein du gouvernement argentin. La juge Karina Andrade a ordonné la libération de 114 manifestants détenus faute de preuves, ce qui a conduit le ministère de la Sécurité à porter plainte contre elle, l’accusant de négligence dans ses fonctions. Cette bataille juridique met en lumière les tensions croissantes entre l’exécutif et le judiciaire quant à la gestion de la crise qui s’aggrave.
Poursuite des manifestations et grèves nationales à venir
Malgré la répression violente, les manifestations ne faiblissent pas. Le 13 mars, une grève nationale a eu lieu et, le 19 mars, des milliers de personnes ont défilé à Buenos Aires contre les politiques économiques du gouvernement et en soutien aux retraités. Organisée par des syndicats et des groupes sociaux, la manifestation a souligné que le mouvement avait dépassé ses revendications initiales. Face à la frustration grandissante, la Confédération générale du travail (CGT), la plus grande centrale syndicale d’Argentine, a annoncé une nouvelle grève nationale de 24 heures le 10 avril. Cette grève vise à protester contre les politiques d’austérité, les licenciements massifs et la baisse du pouvoir d’achat de la classe ouvrière.

Corruption parmi les militants sociaux et les syndicalistes
Il est à noter que certaines forces sociales actives, notamment des syndicalistes proches du gouvernement, ont été impliquées dans des affaires de corruption. Cela les a amenées à cautionner des politiques qui aggravent l’injustice sociale, comme l’allongement des horaires de travail et la dégradation de la qualité de vie des plus démunis. De plus, ces syndicats ont systématiquement retardé les grèves, compromettant ainsi les efforts visant à répondre aux revendications des travailleurs.
Suspension des politiques de travail et de protection sociale
L’administration du président Javier Milei fait également pression pour suspendre toutes les politiques de réduction du temps de travail et d’aide sociale. Ces mesures, initialement conçues pour atténuer les difficultés économiques des groupes vulnérables, risquent désormais d’être annulées, ce qui exacerbe encore les tensions sociales.
Ce qui a commencé comme une manifestation de retraités s’est transformé en un mouvement de grande ampleur, mobilisant divers groupes sociaux, dont les supporters de football et les syndicats. La répression sévère exercée par le gouvernement, des répressions de rue aux pressions judiciaires, n’a pas apaisé le mécontentement populaire.
Si les Barras Bravas sont souvent associés à la violence footballistique, leur influence s’étend bien au-delà des stades. Ces groupes, profondément ancrés dans le tissu social argentin, sont devenus de puissantes organisations criminelles impliquées dans diverses formes de commerce illicite, notamment la traite des êtres humains, le trafic alimentaire et les réseaux de production clandestine. Leurs opérations alimentent non seulement la violence, mais contribuent également à l’instabilité économique, exploitant les communautés marginalisées à des fins lucratives.
De plus, de plus en plus d’éléments suggèrent que certains Barras Bravas entretiennent des liens avec des puissances étrangères, notamment le gouvernement chinois. Grâce à des alliances stratégiques, la Chine tirerait profit de leurs activités, utilisant leurs réseaux pour s’assurer une influence économique et politique en Argentine. Ce réseau d’influence complexe suscite des inquiétudes quant à l’influence du crime organisé et des intérêts étrangers sur le paysage social et politique du pays. Cependant, qualifier les manifestants de groupes criminels alors que la majorité d’entre eux n’y sont pas liés est encore plus répressif, et le gouvernement utilise cette appellation pour mettre les manifestants sous pression.
Dans ce contexte, la répression sévère du gouvernement contre les manifestants semble sélective. Alors que les retraités, les travailleurs et les supporters de football subissent la violence de l’État pour avoir réclamé la justice économique, les structures criminelles plus profondes de Barras Bravas restent largement épargnées. Cette disparité met en évidence une crise plus vaste : une crise où corruption, répression et influences extérieures s’entremêlent, laissant le peuple argentin en subir les conséquences. Avec une nouvelle grève nationale à l’horizon, l’Argentine pourrait être au bord de manifestations encore plus importantes et de troubles politiques plus profonds dans les semaines à venir.
