Europlasma, un groupe industriel néerlandais spécialisé dans la métallurgie et la dépollution, veut racheter les Fonderies de Bretagne, un sous-traitant de Renault en faillite. Mais ce rachat ne vise pas à sauver l’emploi dans l’automobile. L’objectif est clair : se repositionner sur le marché de l’armement, qui explose depuis la guerre en Ukraine.
Europlasma n’en est pas à son coup d’essai. En 2021, il a déjà mis la main sur les forges tarbaises, le seul fabricant français de carcasses d’obus de 155 mm. Ces projectiles d’artillerie des canons Caesar utilisés par l’armée ukrainienne, sont devenus une denrée rare depuis le début du conflit. Résultat : trente mille obus déjà livrés à Kiev, quatre-vingt mille supplémentaires en 2025.
L’industrie automobile et ferroviaire, en déclin, se reconvertit à marche forcée. Valdunes, dernier fabricant français de roues ferroviaires, en faillite en 2023, a été partiellement redirigé vers la production de pièces militaires. Même SKF, géant suédois du roulement mécanique, a décidé de s’aligner sur la construction du futur char de combat européen MGCS. Depuis 2022, la production d’obus en France a été triplée. Pendant que les usines ferment et que les salarié·es se retrouvent sur le carreau, la guerre devient le remède miracle du capitalisme en bout de cours

Un capitalisme sous perfusion étatique
Face à la récession, l’Union européenne ne freine pas cette militarisation industrielle, elle l’alimente à coups de milliards. Depuis 2022, les budgets militaires ont explosé, chaque pays se ruant sur des commandes d’armes sous prétexte de » défense » face à la Russie. La guerre, c’est du business. Un business qui, sous couvert de relance industrielle, permet de justifier l’injection massive d’argent public dans un secteur privé en difficulté.
Mais ce recyclage a ses limites. Produire des obus et des munitions ne remplacera jamais les besoins industriels d’un marché civil. Les secteurs stratégiques comme l’automobile et le ferroviaire restent en crise. Les sous-traitants en faillite sont transformés en fabricants de canons et de blindés, mais cette fuite en avant ne sauvera pas l’industrie européenne.
Le militarisme, une solution provisoire pour une crise permanente
Ce basculement vers une économie de guerre n’a rien d’un hasard. Historiquement, les crises du capitalisme se résolvent souvent par un conflit. C’est un moyen radical de relancer l’industrie, d’éliminer la concurrence et de reconfigurer les rapports de force internationaux. L’armement de haute technologie – nucléaire, aviation, électronique militaire – reste prioritaire, car il positionne l’Europe face aux États-Unis et à la Chine sur des marchés stratégiques.
Derrière les discours sur la » sécurité « , c’est une logique de profits qui guide les décisions. Chaque obus tiré remplit les poches des actionnaires de l’armement. Pendant que les populations subissent l’austérité, le capitalisme trouve son souffle en vendant la guerre.
L’industrie pourrait être repensée pour servir les peuples, pas les marchands de mort. Mais ça, ça exige une autre révolution que celle des canons, celle de la décroissance et de la production selon le besoin.
