Mela Mihemed Xerzî est un religieux et une figure politique du Congrès Islamique Démocratique (DÎK), une organisation basée dans l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Le DÎK a été fondé pour promouvoir une vision progressiste et démocratique de l’Islam, en rupture avec les interprétations autoritaires et dogmatiques utilisées par les régimes oppressifs et les groupes jihadistes. Il milite pour une société pluraliste où la religion n’est pas un instrument de domination mais un facteur de coexistence entre les différentes communautés religieuses et ethniques de Syrie. À travers son rôle de co-président, Xerzî participe activement aux efforts de stabilisation de la région et à la défense des minorités persécutées, notamment face aux exactions des groupes islamistes radicaux comme Hayat Tahrir al-Sham (HTS).
Question : Quelle est votre réaction face aux massacres d’Alaouites en cours en Syrie ?
Mela Mihemed Xerzî : Ces massacres révèlent la vraie nature du soi-disant « gouvernement de transition » dirigé par la coalition jihadiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Ils montrent que leurs promesses d’unité et d’inclusion ne sont que de la poudre aux yeux. En réalité, ce régime veut imposer un pouvoir islamiste centralisé qui écrase les droits des minorités religieuses et ethniques.
Question : Pensez-vous que ces massacres sont une vengeance contre le régime d’Assad, étant donné qu’il appartient à la minorité alaouite ?
Mela Mihemed Xerzî : C’est une erreur de penser que le régime d’Assad était un régime alaouite. C’était un régime baathiste, une dictature qui a opprimé toute la population syrienne, y compris les Alaouites eux-mêmes. Les seuls Alaouites qui en ont bénéficié étaient ceux qui faisaient partie de l’élite au pouvoir. Le peuple, lui, souffrait autant que les autres. Ce qui se passe aujourd’hui, ce sont des massacres qui n’ont aucune justification. On punit une communauté entière sous prétexte que la famille Assad en est issue. C’est une logique de terreur inacceptable.

Question : Peut-on comparer la répression d’Assad à celle exercée aujourd’hui par HTS ?
Mela Mihemed Xerzî : La violence de HTS est une continuité de la répression. Ils ne font que changer l’oppresseur, mais les méthodes restent les mêmes, voire pires. Ils imposent une politique de peur, où ceux qui ne partagent pas leur idéologie sont considérés comme des ennemis et des traîtres. Si ce carnage continue, il ne restera plus rien de la diversité syrienne.
Question : HTS prétend agir au nom de l’Islam. Quelle est votre position à ce sujet ?
Mela Mihemed Xerzî : Leur idéologie n’a rien à voir avec l’Islam. Le Coran dit clairement que Dieu a créé des peuples et des cultures différents pour qu’ils apprennent à se connaître, pas pour qu’ils se massacrent. La Syrie est une terre de diversité : Alaouites, Druzes, Sunnites, Chrétiens, Ismaéliens, Yézidis… Tous ont leur place ici. Aucune religion ne peut justifier ces crimes. HTS instrumentalise l’Islam pour imposer sa tyrannie et exterminer ceux qui ne pensent pas comme eux.
Question : Que demandez-vous à la communauté internationale ?
Mela Mihemed Xerzî : Nous appelons à une intervention immédiate pour stopper ces massacres et traduire leurs auteurs en justice. Si le monde reste silencieux face à ce génocide, alors nous courons vers une catastrophe encore plus grande. Ce n’est pas seulement une question de protection des Alaouites, c’est l’avenir de la Syrie qui est en jeu. Nous devons nous battre pour une société où chaque Syrien·ne, quelle que soit son origine, puisse vivre librement.
