France Inter et Radio France : Menaces sur le service public et mise au pas

Suspension de Guillaume Meurice, réductions budgétaires, et disparition de certaines émissions emblématiques… Les journalistes de France Inter, et plus largement de Radio France, craignent un “virage éditorial plus large”, et une reprise en main politique du service public. Les syndicats appellent à la grève pour la défense de la liberté d’expression.

Un préavis de grève pour la défense de la liberté d’expression

Ce lundi 6 mai, six syndicats (CGT, CFDT, FO, SNJ, SUD, Unsa) ont déposé un préavis de grève appelant “l’ensemble des salariés de Radio France à cesser le travail le 12 mai 2024 entre 0h00 et minuit”.

Selon ce préavis, “Radio France subit une campagne de dénigrement et de calomnie orchestrée par des partis politiques, organisations ou personnalités franchement hostiles au service public de la radio.” Les syndicats signataires réclament notamment “la fin de la répression de l’insolence et de l’humour”, ainsi que “la défense du personnel contre toute forme de pression et de dénigrement extérieurs”.

On y apprend également que “des menaces pèsent sur des émissions populaires et singulières, que seul le service public peut produire.” Et les syndicats de se demander “dans quel but ? Pour répondre aux injonctions des puissances publiques, de groupes privés ?”

Une direction attachée à la liberté d’expression ?

Adèle Van Reeth, actuelle directrice de France Inter, semble pourtant se porter en défenseuse inconditionnelle de la liberté d’expression. Invitée dans l’émission “Le PoinG” en février 2023, elle affirmait à l’époque qu’”avoir des humoristes qui sont irrévérencieux, qui n’ont aucune notion du respect du sacré, ça fait un bien fou ! Et ça nous engage.”

De son côté, Sibyle Veil, PDG de Radio France, soutenait en 2021 qu’”à Radio France, les principes qui nous guident sont la liberté et la pluralité.” En novembre 2023, à propos de la convocation de Guillaume Meurice, elle expliquait à La Tribune que “la valeur de la liberté d’expression, à laquelle nous sommes très attachés, est bien plus importante qu’une phrase problématique d’un humoriste, qui fort heureusement est une exception”.

Face à une telle défense affichée de la liberté d’expression, on en viendrait presque à se demander pourquoi ce préavis de grève a été déposé. La direction de France Inter et de Radio France semble en effet favorable à l’insolence, à l’impertinence. Mais dans les coulisses, loin des effets d’annonces et des déclarations publiques, la réalité est toute autre.

A France Inter, reprise en main politique de la station

Il n’est plus nécessaire de présenter le cas Guillaume Meurice, actuellement suspendu pour avoir répété à l’antenne que Netanyahu était “une sorte de Nazi sans prépuce”. Cette suspension a fait l’effet d’une onde de choc dans la rédaction de France Inter.

En effet, les plaintes contre cette blague prononcée en octobre dernier avaient pourtant été classées sans suite, les infractions dénoncées n’étant pas suffisamment caractérisées. Cette suspension est alors jugée en interne comme “inacceptable”, “inqualifiable”.

Mais il ne s’agit ici que de la partie visible de l’iceberg. L’émission de Charline Vanhoenacker, déjà récemment rétrogradée de quotidienne à hebdomadaire, verra son budget amputé d’un tier à partir de la rentrée prochaine. De là à dire que cette émission est vouée à disparaitre lentement, il n’y a qu’un pas. Et ce malgré de très bon scores d’audience.

D’autres émissions seront supprimées de la grille à partir de la rentrée : “Des vies françaises” de Charlotte Perry, ou encore “C’est bientôt demain” d’Antoine Chao. La chronique de Camille Crosnier dans “La terre au carré” disparaitra également, sous prétexte de “faire évoluer le format de l’émission et lui donner une autre narration”, d’après la direction de France Inter.

D’après le communiqué de la SDJ (Société Des Journalistes) et de la SDPI (Société des Producteur·rices), “tous ces rendez-vous constituent pour nous l’identité de France Inter. Ils portent les valeurs du service public, de liberté d’expression, de pluralisme auxquelles nous sommes toutes et tous très attaché·es”.

En interne, les raisons évoquées pour justifier tous ces changements sont “budgétaires”. D’après certain·es reporters, il s’agirait en réalité d’une volonté politique de supprimer tout ce qui a trait au reportage de terrain : “Le reportage a le défaut de coller à la réalité et n’est pas dogmatique. Il donne à voir un pays fracturé, qui va mal et s’appauvrit, et entre en contradiction avec les discours des ministres”.

Alors qu’un projet de réforme de l’audiovisuel public va être discuté prochainement à l’Assemblée Nationale, il est difficile de ne pas voir dans tous ces évènements une mise au pas forcée de la rédaction. Les émissions populaires, de terrain, sont peu à peu dégradées puis supprimées. Le service public radiophonique semble ne s’être jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui.

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